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crachats sereins d'un oublié de la joie

Mardi 27 novembre 2007

 

Les fêtes de fin d'année approchaient à grand-pas. Les rues de Lille étaient habillées à coups de guirlandes électriques, de panneaux lumineux vous souhaitant «Bon noël» ou «Meilleurs voeux pour 2005». La grande roue tournait sur la Grand Place, le marché de Noël avec toutes ces petites cabanes en bois pour un côté exotique Grand Nord se tenait sur Rihours, et toutes les boutiques étaient illuminées au maximum pour appâter le badaud et le touriste en manque de cadeaux pour la mif et les amis. Y'a pas dire, c'est mignon tout plein mais quand on sait comment tout ce business marche, ça met un peu les nerfs. Quoique heureusement qu'il y a ces fêtes de fin d'année, ça permet aux gens au moins pendant quelques jours de se sentir plein d'amour et d'espoir pour le monde (bien que dans un lieu exposé aux tsunamis je n'en suis pas sûr).

Mais moi, cette période de l'année ne me met jamais dans des états d'euphorie très puissants. Déjà, en tant que non-croyant, la fête à Jésus et consort me branle le mou; et la course aux cadeaux est loin d'être ma spécialité, j'ai jamais eu le larfeuille équipé. Puis les réunions de famille, j'ai arrêté à la quinzaine d'années, fatigué et las des embrouilles entre adultes complètement atomisés à l'alcool. Ça ressemblait pas mal à des réunions de pauvres jouant la solidarité mais qui tournaient quasiment toujours au pathétique. La plupart du temps c'était une de mes tantes qui volait dans des magasins, des fringues, des petits jouets, car on était trop nombreux en gosses et personne n'avait les moyens d'offrir une bricole à chacun des enfants. Comme ça, les parents pouvaient se concentrer sur leur progéniture et tout le monde y trouvait son compte. Franchement pas de quoi se plaindre en fait, y'a tellement de gens qui n'ont rien, de personne. Mais quand on est gosse, on est pollué par l'envie qui naît à force de mater chez ses camarades. J'avais vite compris qu'il ne fallait pas que j'espère avoir ce que beaucoup de mes amis pouvaient avoir. J'étais pas dans la bonne case, mais au fond je m'en foutais. Ce qui m'emmerdait par dessus tout, c'était le fait que jamais une de ces soirées en famille ne se passait correctement, tranquillement, sans effusion de colère, de rancune, de mots plus hauts que les autres. C'est cliché, mais quelque part ça comptait pour moi.

 

Alors Noël, en général, à partir de mes quinze ans, je les passais seul. Il m'est bien arrivé de le fêter chez mon meilleur pote de l'époque, ou chez mes copines mais cela ne me mettait jamais à l'aise. Seul c'était parfait.Pas de cadeau à offrir si ce n'est à soi-même; pas de problème pour le menu, la boisson. Reste juste à trouver un truc à faire. Et ça, ce n'est jamais évident.

Et Noël 2004 n'allait pas déroger à la règle. C'était dans les deux semaines, et quasiment toutes les personnes que je connaissais le passait, soit en famille, soit en couple. Moi j'étais parti pour le taper en tête-à-tête avec une bouteille de whisky, ce qui était déjà pas mal comme compagnie.

Un soir, je rends visite à mon bon vieux pote Karlito, l'homme à contacter en cas de galère. Les fêtes de fin d'années, c'est comme la période des départs en grandes vacances, faut prévoir ce dont on aura besoin si on ne veut pas se retrouver à la dèche le grand soir. Alors j'allais voir si ça allait se bousculer au portillon, s'il fallait pas que je prévois de faire un stock. Les nouvelles sont calmes, rien ne s'est passé de spécifique ces derniers temps, la routine. Ouais va y avoir de la bousculade ces prochains jours. Bon, bah il va falloir que je m'organise. Petite discussion sur tout et rien, blocage jeux vidéos, absorption neuronale totale, ça fume.

«Au fait vieux, Noël en famille?» je lui demande.

«Non, ça me gave de le passer avec les parents. Classique, repas à vingt heures, vingt deux heures on est devant la télé et une heure après ils pioncent. Quitte à m'emmerder, autant que je m'emmerde seul. Et toi? Quoi de prévu?»

«Rien de spécial. Suis un peu blasé des réunions familliales sous l'égide de la charité chrétienne. Alors pour le moment je fais le plein de weed, après j'me choisirai une bonne teille de whisky et on verra ce qu'il se passe.»

«Bon, et si j'ai un plan ça te dit de me suivre?»

«Pourquoi pas? Faut voir. Vides ton sac.»

«En fait au boulot, tous les ans on a cadeau de fin d'année, et en fonction de ton ancienneté et du travail que tu fournis, le cadeau est plus ou moins intéressant. Et l'année dernière, j'ai eu droit à une nuit dans un quatre étoiles dans la capitale européenne de mon choix, tu m'suis?»

«Jusque là tout va bien» acquiesçais-je. Je voyais parfaitement où il voulait en venir.

«Donc, j'me dis qu'au lieu de se les glander comme deux couillons ici, à Lille, on pourrait se faire un réveillon de Noël à Amsterdam! Qu'est-ce t'en penses?»

Y'avait rien à dire. Ça me bottait grave d'aller fêter le réveillon là-bas. Il pouvait compter sur moi, j'étais son homme.

Suis reparti de chez lui des images plein la tête. D'abord fallait penser logistique. On a juste à gérer les tickets de train et à repérer sur une carte de la ville où se situe l'hôtel. Fallait prévoir l'heure à laquelle il fallait partir de Lille pour ne pas arriver trop tard en fonction du programme qu'on allait se faire.Y'a des bons musées à Dam, on pourrait aller au musée Van Gogh, ou la Maison d'Anne Frank. Pour sûr, en tant que bons défoncés que nous sommes on irait au musée du cannabis. Bonnes idées, à retenir. On en reparlera de toute façon.

Quelques jours plus tard, les billets de train sont dans nos poches, mais vu que nous nous y sommes mal pris, on y est allé de notre argent. Quelques paquets de chips, de biscuits, un peu de boisson pour le voyage, trois heures en passant par Bruxelles. Pour le programme sur place, c'est décidé, ce sera improvisation totale. Aucune idée de savoir si les musées seront ouverts un vingt quatre décembre, et même aucune idée de ce qu'il y aura d'ouvert. Faut espérer qu'on trouvera autre chose que notre piaule d'hôtel.

 

Le grand jour. A sept heures du mat' on est à la gare, prêts pour la virée de l'année. Tu vas voir le Noël qu'on va se payer. J'ai deux cents euros de liquide sur moi que j'ai réussi à récupérer du taf, j'en étais à plus de cent heures sup non payées. J'aurai du les toucher en février mais j'étais parvenu à m'en faire payer une partie. Et ce pécule allait alimenter mes frasques de la nuit du vingt quatre. Alors qu'est-ce que j'allais pouvoir m'offrir? La tournée des coffees à se payer la meilleure beue ou le meilleur shit. Logique. Bon, et après? Les musées? En fait j'y compte pas trop, ce ne sera pas la tasse de thé de mon pote. Un peu de cocaïne? Pourquoi pas? Mais là, faudra pas compter sur moi pour aller la chercher, suis trop méfiant et j'ai pas envie de me faire carotte ma tune. Et dans la ville du péché charnel et de la débauche de drogues, je commence à songer que je me ferait bien une tite pute. Pour le fun. Jamais pratiqué. Faut dire qu'au Peuple Belge entre les travelos et quelques toxs maquées à la came, rien ne me bottait. Menun, Anvers, je n'y avais les pieds que pour pécho. Mais le Quartier Rouge de Dam, je m'en souvenais bien. Trois ans auparavant, j'y avais accompagné un pote et son frangin. Se dernier voulait taper un peu de CC et se baiser une pute avant que sa femme importée du Vénézuela n'arrive en France. Ça me plaisait pas mal de voir toutes ces filles en vitrine, en soutif-string, en infirmière, en petite étudiante cochonne à lunette...ça me donnait l'impression d'être dans un casting d'un porno où j'étais l'acteur principal qui avait le choix de sa partenaire, et que le film m'appartenait, donc que je choississais tout. Mais encore, quand j'y étais allé, toujours se problème de porte-monnaie qui ne suit pas et aussi un peu de dégoût vis-à-vis de moi-même à me dire que j'en étais à désirer le cul d'une pute parce qu'au moins là je paierai pour ce que je voudrai, sans avoir à m'emmerder avec tous les gestes de la bienséance et de la séduction. Vu que je ne savais pas trop ce que je voulais des femmes à part m'envoyer en l'air avec elles, là au moins, pas d'ambiguïté et de perte de temps, p'tetre même qu'il y aurait des économies de faites. Faut savoir être réaliste.

Y'avait un autre truc qui m'avait débecté lors de ce premier voyage. C'était de voir tout ce flot de mâles en rut, de toutes les nationalités, alcoolisés, défoncés à la fume, à la coc, au L.S.D... tous en train de mater comme des chiens ces femmes en vitrine, à se dire qu'elles ne sont que des putes payées à sucer leurs queues, qu'elles n'ont jamais jouis avec un client mais que eux allaient battre tous ces bouffons de la bite qui leur étaient déjà passer dessus. Je voyais bien leurs regards dégradants, limite plein d'animosité, la frustration de ces mecs qui, soit n'avaient pas les moyens de se serrer une femme à la régulière, soit qu'ils voulaient se vanter devant les potes “yo les mecs, moi j'l'ai fait!!” et se croire alors homme totalement. Vas savoir. Moi je trouvais ça étrange. J'pigeais le délire mais je n'arrivais pas à m'y faire. Mais voilà que dans le train j'en reviens à l'idée du déroulement de la soirée. On verra bien. On est arrivé à Dam vers onze heures, et on s'est acheté de suite un pass journée pour les transports. A ce qu'on avait vu sur la carte avant de partir, l'hôtel était à moins d'une dizaine d'arrêts de tram de la gare. Mais sur ces putains de cartes à touristes on n'arrivait pas à le repérer. On avait trouvé le secteur dans lequel il devait se situer. Du coup, on grimpe dans le premier tram et on commence à compter les arrêts. Et manque de pot, on se plante et on descend à mi-chemin. Ne trouvant pas l'hôtel, on se décide à une première pause coffeeshop, merde, on est à Dam, c'est le réveillon de Noël!! Alors on se pose, on se commande un chocolat chaud à la weed et de la Jack. La claque que tu te prends vaut ton argent!! Rien à voir avec ce qu'il traine dans le Nord. Et on reste là une petite heure à bloquer et déblatérer sur tout et rien. Puis on se remet en route, à pied, persuadés que notre squat ne doit pas être très loin. Mais nous avons du marcher presque une heure encore avant d'y arriver.

 

L'hôtel était un grand bâtiment contemporain, genre construit dans les années 1980, ou au début des années 90. Grande chaine. Normal pour un quatre étoiles. Il était installé le long d'un canal, avec une rue large qui passait devant l'entrée. Il avait un aspect très sobre, même sombre dans le gris de la rue et du ciel. Mais c'était du quatre étoiles, la classe, le luxe pour un étudiant boursier et son pote chef-cuistot. Ca allait le faire, deux galériens de la tune dans le domaine d'hommes d'affaires, de bourgeois à la con... deux putains de tâches dans ce monde. Mais vous inquiètez pas les gars, on ne fait que passer. Demain quand vous ouvrirez vos cadeaux, vous aurez oublié. On aura disparu de vos existences.

Pas mal l'accueil, c'est vrai que c'est la classe. Une grande salle de réception, avec derrière le bureau deux jolies demoiselles chargées de recevoir les clients. Y'a bien deux ou trois encostardés qui ont traversé le hall en nous dévisageant d'un regard un peu éffaré de voir deux jeunes Français oser venir se poser dans cet endroit. Belle moquette, salon spacieux composé de petits fauteuils en cuir, bar apparemment super fourni en bouteillles de grands noms. Mais ça ce n'est pas compris dans le lot. On a droit à une nuit, les services à côtés sont à taxer de notre poche. En même temps valait mieux, j'aurai été capable de tenter de baragouiner en anglais au barman tout mon mal être en lui tenant le gosier toute la nuit. Tant mieux pour lui, dommage pour moi.

La gonzesse s'occupant de nous nous offre une chambre à deux lit double. Je sais très bien qu'elle a du se dire que ces deux-là n'allaient pas rentrer seuls et qu'ils auraient besoin d'espace. Pourquoi pas? Mais cela n'était pas dans mes projets, j'en n'avais pas les moyens. Un pingoin nous a amené à l'ascenseur, et nous a ouvert notre piaule au quatrième. M'attendais à plus grand quand même. Mais c'était pas mal. Genre trente mètres carrés, deux lits de deux personnes, une télé cinquante-cinq centimètres avec quelques chaines cablées hollandaises et anglaises, décor très sobre, rien de superflu mais on sent cette touche moderne. Salle de bain avec petite baignoire, clean , petite lumière diffuse agréable. Ouais, bien pour deux galériens. Mais merde, c'est Noël.

On débale les affaires en en fumant deux autres, histoire de célébrer notre arrivée. Pis coup d'oeil à l'heure, déjà seize heures. On a trainé jusque là, il allait falloir mettre le turbo pour pouvoir espérer ce rendre dans le centre et voir ce que l'on allait pouvoir faire. Alors on se met en route, en prenant soin de demander où se trouve l'arrêt de tram le plus proche. Quand on y est, il y a pas mal de gens se trimballant les cadeaux du soir, revêtus de bonnets du père noël, qui s'en vont retrouver leurs familles, leurs amis, leur proches, passer un bon repas, un bon moment, un instant de fraternité compulsive avec l'humanité chrétienne au moins, un alzheimer d'une nuit dans leur rejet de tout ce qui les emmerdent...aahh, si cela pouvait m'arriver j'me disais, au moins une fois dans l'année je n'aurai pas la gerbe à tenter de comprendre cette humanité à temps partiel.

 

A trop chercher à capter le délire, j'en oubliais le mien. Aujourd'hui, c'est mon jour, mon Noël que je m'offre, et même si j'ai une sale tendance à me réfréner à chaque pulsion, à chaque désir, à me dire “de toute façon, qu'est-ce que ça va m'apporter?”, aujourd'hui, on s'en tape, advienne que pourra, et si je suis mort demain, c'est que je serai parvenu à quelque chose. Je me plonge dans mes pensées tout en regardant défiler les rues qui s'offrent à mes yeux. C'est vrai que cela doit pas être mal de vivre dans le secteur. Tous ces gens à vélos, ces maisons qui restent humbles face au ciel et ne cherchent pas à lui faire de l'ombre, ces canaux...il m'a l'air de faire bon vivre ici.

 

Ca y est, presque dix-sept heures et nous voilà à quelques rues du quartier rouge. En fait on ne se pose aucune question, nous nous y dirigeons naturellement. Que nous soyons ici où chez nous, cette soirée serait la même; on allait se la mettre pour oublier notre profonde solitude et incompréhension à l'idée de savoir pourquoi, pendant que tous ces gens se rassemblent, nous on en reste à l'écart, comme des SDF, des chiens, des incompris. P'tetre bien que c'est nous qui sommes à la ramasse. Et on déambule dans les rues, à triper sur les enseignes des coffees, smartshop, des peepshows, des sexshops... On s'arrête dans un coffeeshop dédié aux Doors. Y'avait une paire d'années qu'un de mes oncles m'en avait parlé. Déco début seventies, musique d'époque, ça me plaisait bien. Mais on y est resté le temps de fumer deux buzzs et de boire un verre. De là on repris nos pérégrinations le long des canaux aux reflets fluorescents des néons qui illuminaient les façades des endroits où la gente masculine pouvait se donner à sa guerre préférée gagnée d'avance à coups de biftons. Au moins ceux-là pourront se vanter d'avoir remporter une bataille dans leur vie.

Ces couleurs, cette ambiance à la fois malsaine, pesante, et ses hommes se branlant l'égo mutuellement, ses femmes en vitrines qui les tenaient, qui nous tenaient... tout cela me mettait mal à l'aise avec moi-même. Le poète, le mec qui veut écrire des histoires d'amour impossible, qui écrit des poèmes à ces femmes que la vie a perdu et qu'il veut sauver du désarroi de la connerie masculine...qui se retrouve avec tous ces pratiquants de l'amour instantané à pas trop cher en conformité avec leurs pulsions physiques...merde ça colle pas. Y'a un blème. Non en fait. Soyons cyniques, mais réalistes. Suis pareil qu'eux. J'aime les femmes mais je ne sais comment leur plaire, les aimer, suis timide mais sincère dans ce que j'éprouve et alors que ce courant qui me traverse le corps, possède mon esprit, me tient en haleine, ma parole se dissout et c'est alors que le papier sert de refuge à ma frustration, à mon incapacité. De fait, le fataliste prend le dessus et regarde d'un oeil objectif, réaliste, trop même, et se résoud à cette idée de marchandisation et de standardisation individualiste de l'assemblage entre êtres humains pour tout ce qui est partage des gosses, du cancer, de la compassion, des dettes...Faut juste trouver en fait. Mais moi, ça m'emmerde. Je préfère rester seul plutôt que de noyer quelqu'un dans mes incertitudes, mes doutes, ma mort.

Mais comme c'est l'époque du temps partiel, à l'occasion, on a besoin de réconfort, et c'est pour cela que certains boivent, que d'autres se droguent à autre chose, alcool, médocs, télé, psys, jeux...et parfois ce temps partiel se transforme en CDI. Et là, c'est la merde. Dites bonjour aux autres qui vous dévisagent comme si vous n'étiez plus des leurs. Salut à vous les détraqués, les oubliés, les survivants anonymes...

Et où je suis dans tout ça? Aucune véritable idée sur le moment, mais suis à Dam, et vais me la mettre. On atterit dans un smart où l'on se croirait autant dans une pharmacie que dans un musée. Tous les produits sont rangés dans des étales en verre, fermés à double tour, propres. Et il y a de tout. Des pilules aphrodisiaques, des pilules pour l'érection, pour être en forme, pour lutter contre le stress. Puis bien sûr, des collections de cactus hallucinogènes censés te transporter dans des états mystiques, de la salvia, des champis. Mon pote s'en prend deux parts, des hawaiens. La proprio nous prévient qu'ils sont forts. Mon pote lui répond de ne pas s'inquièter, qu'il allait gérer. On sort, et on se retrouve sans vraiment s'en rendre compte en plein coeur du quartier rouge et que sont alignées sur une bonne distance des dizaines de vitrines des deux côtés de la rue, et même dans les rues perpendiculaires. Impressionnant ce choix de femmes. De l'asiatique, de l'africaine, des femmes plus typées Europe de l'Est. Des filles juste en string, d'autres déguisées pour le fantasme, d'autres légèrement vétues sans entrer dans la vulgarité, des blondes, des brunes, de la presque anorexique à la presque obèse...quel supermarché!! Le bonheur me diront certains. Et mon regard se porte de l'une à l'autre tout en observant les différentes scènes se jouant devant mes yeux. Les gars en train de négocier le tarot de la passe, ceux qui voulaient savoir s'il y avait moyen de s'y mettre à plusieurs, ce qu'il y avait moyen de faire. Les nénettes qui se dandinent pour apater, celles indifférentes qui tapent bavette avec leurs collègues de cabines et qui semblent se moquer de ce défilé de mecs en manque de cul, car elles savent que c'est elles qui ont le pouvoir sur ces gus, et que lorque qu'elles estimeront que la journée a bien ramené elles rentreront chez elles vaquer à leurs occupations, et qu'il y aura toujours autant de mecs qui arpenteront ces trottoirs, avec ou sans elles pour les aguicher.

 

Ca fait deux bonnes heures que l'on tourne dans le quartier à se fendre la gueule, à mater. On a la dalle et on finit par se poser pour manger un hamburger. On se trouve un coffeeshop, on fume puis on ressort. On doit tourner en rond car je reconnais des filles que l'on a vu précédemment. Je commence à me laisser aller, à me dire pourquoi pas celle-ci, ou celle-là. Aucun but précis dans ce domaine. Me dis juste que, puisque je suis ici, autant en profiter. Y'en a quelques unes qui m'abordent, “Hello boy!!” et moi “Salut” et de suite avec un accent “Oh, tu es Français, j'adore les Français!!”, et moi de répondre “T'as raison!”. Ouais elles allaient pas me la faire, je sais quel est leur taf et c'est pour ça que je paierai. Pour me faire flatter le mou cinq minutes et me faire cracher sans que je n'ai rien à faire. Mais c'est moi qui choisirai. Puis y'en a une qui m'a tapé dans l'oeil. Elle devait avoir dans les trente ans, brune, les cheveux mi-longs, légèrement bouclés, les yeux bleus. C'est son regard qui m'a tué. Elle avait une façon de regarder dans les yeux avec, j'avais l'impression, une lueur de compréhension qui disait “On est tous des paumés, viens te perdre avec moi un peu, ce ne sera rien mais cela t'aidera”. C'était la troisième fois que nous passions devant elle et elle m'avait repéré. Elle avait deviné avant même que j'en prenne conscience qu'au fond de moi c'était elle que je voulais, être dans ses bras, juste un moment, sentir cette femme contre mon corps même si des dizaines avant moi avaient eu droit à ce privilège. Elle avait vu ça en moi, je m'en persuadais, comme pour me convaincre à franchir le pas. Après tout, une fille de joie n'était-elle pas censée m'apporter un quelconque réconfort, même tant bien que mal simulé? N'était-elle pas censée m'offrir un regard compassionné sur mon désespoir de n'être qu'un homme comme les autres, qui veut se la jouer poète romantique désespéré du véritable amour et dépossédé de ses illusions? Elle m'a abordé, et m'a parlé en français. “Viens avec moi”. “Suis pas sûr”. “Viens, tu verras, je vais bien m'occuper de toi”. La gêne montait en moi. Je n'arrivais plus à tenir son regard, alors en regardant autour de moi je lui dis que j'allais continuer mon tour et que je verrai bien. Elle sentait mon hésitation, peut-être même ma peur, car quelque part au fond de moi c'était la peur qui m'empêchait d'envisager de passer immédiatement dans la chambrée qui se cachait derrière la vitrine. Elle me laissa partir en me glissant “à toute à l'heure”.

Sur ce, j'avais besoin de me mettre les idées en place. On s'est trouvé un coffeeshop qui servait également de l'alcool. Après deux whisky et deux autres joints bien costauds, j'étais en pleine réflexion sur ce que je pouvais faire de mon argent. Mon pote avait ingurgité une part de champis, et moi je me demandais si j'allais acheter un peu de CC ou me faire une pute, ou les deux. Mais à cinquante euros la passe, fallait que je fasse attention à garder du liquide pour le retour car on ne savait jamais. Sur ce, je m'en roulais un pour le chemin qui me séparait de la femme qui allait me soulager pour la soirée.

 

Quand je suis sorti, mon pote montait doucement, c'était le premier Kill Bill à la télé. Et dans la rue, j'ai vu au loin un attroupement d'une vingtaine de personnes célébrant Noël en chantant. Ca me faisait triper de voir ça, c'est pas dans le Nord que je verrai une scène dans le genre, même à la sortie de l'église. Je restais à bloquer quelques instants puis ma pulsion du “c'est Noël et j'vous emmerde” m'a repris et je me dirigeais vers cette vitrine qui m'avait séduite. Mais comme à chaque fois que j'hésite, les circonstances me faisaient faux bond et j'me disais que même lorsque j'en arrivais à prendre une décision, c'était toujours au mauvais moment, et que ça foirait toujours. Le rideau était tiré. C'était de la faute à personne, mais merde, pourquoi à chaque fois que j'avais envie de quelque chose fallait que ça me glisse entre les doigts? Tant pis. Suis là pour ça, pour elle, alors vais allé me promener quelques minutes et quand je serai revenu elle sera de nouveau sur sa chaise à attendre une autre botte à cinquante euros. Alors je me mis à trainer dans les rues, à promener mon regard sur ces femmes qui ne m'attiraient plus car j'avais fait mon choix, et c'était plus par dépit que par curiosité que je les observais toutes.

Mais j'étais une proie facile pour toutes ces demoiselles qui vendaient leurs charmes. Quand l'appétit de l'homme est charnel, il est dépourvu de toute défense, de toute capacité de recul, et c'est alors qu'il se laisse prendre. Alors que je ne pensais à rien et que je n'avais plus l'impression d'être là à ce moment précis, j'entendis une voix féminine crier “Help me”, et je vis arriver, courant vers moi, une métisse, aux long cheveux bouclés teintés en blond d'une façon assez vulgaire. Juste en string, des seins généreux mais fermes. Elle m'empoigna par le bras et me demanda de l'aide. Sur ce, je lui demandais en anglais ce qu'elle voulait et à mon accent elle comprit que j'étais Français. Du tout au tout, son attitude changea. Elle caressa de sa main droite mes cheveux me disant qu'elle adorait les blonds aux longs cheveux, et que les Français étaient les clients qu'elle préférait. De la foutaise tout ça, mais sa façon de s'adresser à moi me faisait de l'effet et puis j'me disais que de toute manière j'étais là pour tirer un coup et que ce fut celle-ci ou une autre, c'était la même chose. Puis avec la chance que j'avais, à coup sûr celle que je voulais ne serait pas dispo quand je reviendrai devant sa piaule. Le temps que cette réflexion se fit en moi, la demoiselle avait déjà commencé à m'attirer vers la porte d'entrée de sa turne. Je me laissais faire, vaincu par mon envie de baiser, de claquer de la faf pour Noël, de me laisser aller.

 

C'était un couloir de trois mètres environ qui bifurquait vers la droite au fond. Il y avait trois petites chambres . Elle m'amena dans celle qui était sur la gauche. Cétait une pièce de quinze mètres carrés. Il y avait un lit de deux personnes, une petite table de chevet avec une lampe allumée dessus. C'était sommaire, quelques bougies ça et là. Je trouvais cela relativement sympa. Les murs étaient de couleur bleu foncé. Il y avait une radio qui tournait derrière, il me semble que c'était du reggae qui était diffusé. Elle alla vers la table de nuit et en sortit une capote et de la vaseline, puis elle prit d'une commode une serviette de bain bleue qu'elle étala sur le lit. Je me trouvais à l'autre bout de la pièce à me demander si je devais me dessaper ou si c'était elle qui allait le faire. Elle s'assit sur le lit et me fit signe d'approcher. Elle m'aida à me mettre nu puis commença à me masturber. Difficilement, l'érection monta, ce qui l'a fit sourire, sans doute avait-elle compris qu'elle avait à faire à un débutant en la matière. Quand je me mis à bander bien dur, elle habilla ma queue de sa protection de latex et se mit à l'essuyer avec un chiffon pour en retirer le lubrifiant. Une fois cela fait, elle se mit à me pomper d'une façon langoureuse, ce qui me surprit. Je ne pensais pas qu'elle y aurait mis du coeur, ce qui me mis plus à l'aise. Ca faisait un bail que je n'avais pas rencontré de gonzesse qui s'appliquait comme cela à la tâche. Au bout de quelques minutes, elle s'arrêta pour me demander ce que je voulais en ce jour de fête. Question à la con, j'étais là pour fourrer un coup et me tirer comme un voleur qui s'en veut d'être pénitent. Merde. Pris au dépourvu, je ne sus que lui retourner la question, et de là elle m'a répondu “Fuck me in the ass, please, for christmas”. Tiens pourquoi pas la lui mettre dans le cul pour Noël? Bonne idée, puis ça fait longtemps. “OK, i'm gonna fuck you in the ass!!”. YEAH!!

 

Elle versa un peu de lubrifiant sur mon sexe en prenant soin d'en répartir bien sur l'ensemble de la capote, puis elle s'en étala sur son anus. Elle se mit en levrette et je me plaçais derrière elle, prêt pour la cavalcade. Le père noël s'amuse avec ses rênes, moi ce sera avec une pute. Elle prit ma queue et la glissa dans son rectum. Je pénétrais lentement, je ne voulais pas lui faire mal. Je parvenais à la rentrer jusqu'à la garde, et me mis à faire un lent va-et-vient, histoire de profiter de l'instant. Elle bougeait aussi son petit cul en faisant de petits mouvements de rotations avec son bassin. Puis elle me demandait d'y aller plus fort, de lui donner de grands coups de bite, “make me christmas” qu'elle réclamait à tue-tête. Mais elle ne voulait pas de tout ça, c'était de passer avec un autre client qu'elle désirait, faire tourner la “boite” en quelque sorte. Mais moi j'en voulais pour mon argent, je lui caresser les seins en même temps, lui pinçant les tétons, promenant mes mains sur son ventre. Mais ce n'est pas la tendresse qu'elle attend gamin, ce qu'elle attend c'est que tu craches pour en enfiler un autre. C'est pas de sa faute, mais c'est comme ça l'amour pas cher. Alors, constatant que je trainais, elle se mit à amplifier ses coups de reins, à remonter son cul à chaque nouveau coup de mon chibre pour que je la pénètre au plus profond pour parvenir à me faire cracher. J'avais beau tenter de tempérer les débats, rien n'y faisait, c'était elle qui avait les commandes. Et comme pour mieux me le prouver, en serrant au max ma queue avec ses fesses, en plus de deux trois coups de bassin magiques, elle fit monter la sauce, et alors pour ne pas passer totalement à côté du plaisir, je m'agitais en appréciant tant bien que mal la libération de ma pression testiculaire.

Elle retira mon sexe de son corps, m'enleva le préservatif et me nettoya. Je ramassais mes fringues et me rhabillais. Quand je relevais la tête après avoir fait mes lacets, elle me regarda et me lança “Joyeux Noël”. Je le lui retournais, elle m'accompagna jusqu'à la porte de la chambre, m'embrassa sur la joue et m'indiqua la sortie.

 

Une fois dehors, je me mis en route pour retrouver mon pote. Je lui avais dit que j'en avais pour une demi heure max, et cela faisait bientôt une heure que j'étais parti. C'était vite fait quand même. Je regardais autour de moi, et il y avait foule dans le quartier. On était nombreux à vouloir se la mettre pour les fêtes. Mais pourquoi au fond? Parce qu'une telle masse de gens réunis dans cet endroit ce jour là, il doit bien y avoir une raison, surtout que nous sommes tous là sans être ensemble. Tous se regardent en se disant qu'ils savent pourquoi les autres sont là, et que chacun à sa manière a besoin de ce genre de places, qu'il y en a qui pensent qu'ils sont paumés, d'autres insatisfaits, certains à la recherche d'une sortie de secours d'eux-mêmes, ou de ce qu'ils sont devenus...Heureusement la plupart ne se pose pas la question. Moi, mon analyse était que j'étais un frustré de l'amour, heureux de s'être évité la même dépense en resto, cinoche, bar pour un résultat bien plus incertain. Ouais j'avais claqué de la tune pour un cul qui ne voulait de ma queue que pour ce fric. Mais je voulais un cul. Rien que ça. Et c'était chose simple ici. Si j'avais voulu de l'amour, je serais resté à ma case, à écrire à un amour défunt ou à un amour imaginaire histoire de calmer mon mal-être, et j'aurai appelé un vieux numéro utile dans de trop longs moments de solitude sexuelle qui en était au même stade que moi.

C'était pathétique et marrant. Mais c'était fait. Et en passant au-dessus de toutes les considérations qui m'avaient traversé l'esprit avant, pendant, et après l'acte, au moins je pouvais me vanter de l'avoir fait et qu'en plus ça m'a fait marrer au fond. Tout ce foin dans mon crâne pour que dalle, vraiment, abusé. Je l'avais autant dans le cul que cette meuf, avec consentement mutuel. Que demander de plus? Y'a des choses qui s'achètent totalement, et y'en a d'autres pour lesquelles tu paies sournoisement.

J'ai rejoins mon pote dans le coffeeshop où je l'avais laissé plus tôt. C'était bon, les champis faisaient leur effet, et il se marrait devant la fin du film. Me suis posé et lui ai fait part de mon exploit du jour, du cadeau que je m'étais offert non sans tergiversation. On en a rit, on en a fumé un autre et en avons préparer pour la route du retour car on allait devoir rentrer à pinces et qu'on en avait pour un sacré bout de temps.

 

 

 

 

Octobre 2007

Par Dany
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Jeudi 10 avril 2008


Je l’avais encore vu le week-end précédent. Je rentrais chez mon daron, comme tous les week-end de l’époque. J’étais avec le frangin qui était venu passer quelques jours chez moi, à Lille, dans la chambre que je louais en tant qu’étudiant à un particulier.0n avait passé une semaine sympa, j’avais amené mon frère en soirée, histoire de lui montrer quelques vices de la vie étudiante. Les beuveries en apart à cinquante, les soirées fumette chez d’autres potes, et vite fait, les soirées au bistrot organisées par les associations étudiantes où l’on peut voir la faune fashion-victimisée: les tites pétaces en manque de queue qui dandinent du derche sur un beat de merde, à jouer les madames cherchant à se faire inviter, et les gars qui ont revêtu leurs fringues moule corps se la pétant beaux gosses avec leur peau fraîchement crémée à la recherche d’un cul à péter. Beau tableau pour le frérot.

On sortait du train, et fallait attendre un petit bout de temps avant que le bus n’arrive et nous ramène chez nous.

«Viens gros, j’te paie un coup, on va pas glander dans le hall de la gare, y caille trop et j’ai pas envie de me choper la crève.»

On s’est installé sur une table, rayon fumeurs, et passé commande au garçon. Un demi et un diabolo fraise. Ça faisait cinq bonnes minutes qu’on était posé quand on m’interpella «hé ! Dan, qu’est ce que ça dit?». A deux tables de là, derrière moi, se trouvait Steeve, avec deux de ses potes, buvant de la bière. Il était de deux ou trois ans mon aîné, on se connaissait depuis l’enfance mais nous avions grandit différemment. Il avait perdu son père assez jeune, bouffé par l’alcool et le boulot. Sa mère aussi en tenait une bonne niveau boisson mais c’était une brave femme. Salut grand-mère, si jamais tu es encore vivante et que ces lignes te tombent dans les mains, en imaginant qu’elles soient publiées un jour, et désolé pour le tableau.


Il avait toujours été cancre à l’école, il n’en avait jamais eu cure, il était toujours le premier à taper le boxon. Arrivé à douze ans il s’est mis à taper de la colle, à se bourrer la gueule tous les samedis. Puis à treize ans les premiers buzz, à quinze, premières sorties en boite et passage à la vitesse supérieure: speed, extas, coke. Arrêt de l’école et errance quotidienne dans la fracasse partant dans tous les sens et les petits plans qui vont avec. Mais il gardait toujours la belle tête, avec ses longs cheveux blonds qui lui descendaient jusqu’aux fesses. Et dans la bande des aînés c’était lui la plus grande gueule. Tout le monde le savait, car dans notre bled comme dans tous les petits bleds, tout le monde se connaissait et savait tout sur tout le monde.


Après, pour les grands frères est venu le temps du service militaire. L’heure de se taper neuf mois avec d’autres branleurs dans le même genre voire pire; l’heure de se bouffer la propagande guerrière d’une pseudo armée de vainqueurs dont la gloire repose sur les cendres d’un nain devenu empereur; l’heure du brossage de chiottes, des pompes à six heures du matin sous les ordres d’un officier qui possède ses plus fiers états de service à la buvette Pernaud Ricard de la caserne que sous le drapeau tricolore monté avec fierté tous les matins au son du clairon annonçant l’heure du dressage. Alors Steeve, sous la contrainte, s’est fait raser la tête. Fini les longs cheveux, bonjour la boule à Z. Mais quand on a grandi sans autorité paternelle, ni maternelle, que l’école n’a su répondre et n’a même pas tenté de se poser la question de savoir comment aider ce genre d’élève, l’armée ne va pas plus réussir à gérer ce genre de cas. Ah si, ce genre d’institution parvient avec succès à mater et dresser ceux dont le cœur n’est qu’emplit de haine, que l’on transfert du néant et de l’incompréhension vers ce concept indéfini qu’est la défense de la liberté de ceux qui la donnent; ou ceux qui se sentent chasseurs dans l’âme et qui estiment que le fait d’être gendarme ou fonctionnaire de police reste trop contraignant dans l’expression du plaisir de donner des coups ou de tuer. Non, rien n’est possible pour des mecs appartenant à la catégorie des je m’en foutiste, des branleurs qui se tapent le cul par terre de la politique, du chômage, de la crise économique, du prix du baril de brut, du dernier groupe à la mode sur M6, de tous les idéaux qui font bander le populo… Non, rien à foutre. Pas de marche au pas ou alors dans la contrainte de l’exécution du châtiment, comme pour tous les exercices. Un peu de trou pour désobéissance, injures, pour des teufs de caserne trop alcoolisées…


Enfin bref, déjà qu’il était bien fêlé, ces neuf mois de stage avec d’autres empafés de sa génération nous l’ont rendu encore plus taré. Retour au bled, retrouvailles avec les autres frangins. Certains tentent de se lancer dans les études supérieures, d’autres font de l’intérim, certains pointent direct à l’ANPE, les voitures se mettent en branle, connexions hollandaises pour l’argent facile, les meufs tournent…

Mais on ne chie pas l’argent comme un étron, ça ne pousse pas sur les arbres. Et la défonce a un prix. Et comme dans beaucoup de petits patelins du Nord-Pas-de-Calais et de Picardie, la mode de l’époque était à l’avalanche d’héroïne. Moins cher, plus violent. Plus tripant pour tous ceux qui ne possédant rien voulaient se déposséder d’eux-mêmes. Quelques heures. Pour être pris dans le tourbillon de la dépendance, plus forte que celle d’être vivant. Début de la déchéance, problèmes avec les flics, les plans carotte, la came de merde, les bastons contre de vieux potes pour un gramme ou deux, exhibitions publiques de la défaillance physique et intellectuelle, tentatives de cure de désintox, traitement de substitution, fausses ordonnances, mélange médocs-came-alcool, errances mornes avec d’autres zombies…Que d’emmerdes pour pas grand-chose de folie. Et puis comme dans un bon film ou un bon roman, à vous de choisir, arrive l’histoire d’amour qui paraît être la voie de sortie à tant de déraison et de démagogie. Et, comme il ne croyait en rien, on ne pouvait qu’espérer pour lui.


A cette époque, l’année où pour la première fois depuis les grandes vagues d’immigration, la France grâce à son équipe de football et la croissance économique se sentait unie dans un même élan, Steeve est reparti en couille. Nos mères étant amies de longue date et se fréquentant régulièrement, notamment les jours de distribution aux Restos du cœur ou à la salle communale, le bonhomme se pointait souvent, la semaine comme le week-end, avec sa copine. Ma mère à ce moment-là s’était trouvée un petit jeune de vingt-quatre balais pour combler sa solitude de mère au foyer, et Steeve et le gars qui me servait entre guillemets de beau-père se sont fait bons potes; et vu que personne ne pointait où que ce soit et ne cherchant absolument pas à pointer, nous avons passé un été à taper barbecue sur barbecue, à se bourrer la gueule. Et ça a continué après, régulièrement les bouteilles étaient sorties. Ça a duré une année, puis j’ai poussé ma gueulante, lassé d’entendre les heurts, lassé de leur inactivité… enfin c’est autre chose. Deux petites années ont passé avec toujours les galères du quotidien mais c’était plus tranquille. Puis le schéma à ma case reprit forme. Pendant ce temps j’avais passé le bac, ma mère s’enfonçait, la famille s’enfonçait, et je m’y mettais.


Nous sommes devenus de bons potes de fume, et on se dépannait l’un l’autre quand c’était la galère. Il traînait toujours, avait retrouvé d’anciennes fréquentations, était toujours sous traitement, buvait minimum quinze bières par jour, fumait autant de buzz, se tapait un gras du bide de vieux pochtron de cinquante berges. Ça lui calmait ses tremblements. Trop accroc, à tout, du moment que ça défonçait. De temps en temps, il se prenait un exta ou deux, histoire de se rappeler le bon vieux temps, quand il créchait chez sa mère, qu’il partait en virée on ne sait où pour revenir dans de sacrés états. La défonce était son pain quotidien, c’était plus sympa que le boulot, que la vie. Son trip, quand on était dans ma piaule, consistait à faire flipper mes potes qui passaient taper discute ou fumer un petit joint. Faut dire qu’avec tout ce qu’il avait ingurgité, tout ce qu’il ingurgitait encore, ses yeux bleus transperçant aux pupilles trop souvent dilatées, sa gueule mal rasée, un peu bouffie, ses dents jaunes et presque défaites, sa façon de tenir le regard en disant très froidement mais aussi sur un ton très sérieux «tu sais, je suis un fou, mais c’est juste pour te prévenir, ta tête ne me revient pas trop.», ce qui avait le chic pour mettre une atmosphère très décontractée dans la pièce. Je ne compte pas le nombre de mes potes qui ont chié dans leur froc après l’avoir rencontré. Mais, au fond il n’était pas méchant, c’était juste histoire de remettre à leur place certaines têtes qui pensaient avoir vécu le Viet-Nam sous prétexte que quelques embrouilles avec quelques gars composaient leur tableau de chasse. A côté d’eux il passait pour un vétéran de la première Guerre Mondiale.


Revenons au Buffet de la gare. On s’est posé, avec le petit frère à la même table, à boire encore une bière ou deux. Je n’aimais pas ses potes. Des vieux toxs aux têtes de rapaces, le genre de vieilles relations à oublier quand tu cherches à quitter ce type de milieu. Mais n’a-t-on jamais besoin de ce style de personne quand on a envie de s’en mettre une bonne? On connaît tous quelqu’un avec qui on sait que se rabattre la tête est la seule chose qu’on puisse vraiment partager. Passons.

-«Alors vieux, retour à la case, vous prenez le bus aussi ou on vient vous prendre en caisse?

- Ouais on prend le bus, retour chez le daron pour le frangin, doit rentrer, finies les vacances pour lui. Et toi?

- Pareil, retour à la maison, on verra ce qu’il se passe ce soir. T’as prévu quoi de beau?

- Pas grand chose, je vais passer dire coucou à ma mère, après je pense capter les autres, m’en mettre une petite. Et tiens, dis-moi, tu ne saurais pas où je pourrais choper un petit truc, histoire de passer le week-end? Je n’ai rien ramené avec moi.

- T’inquiète bonhomme, on voit ça arrivé à ta case, OK? De la spéciale, tu vas voir.

- Ca roule, on voit ça chez moi.»

Nous avons attendu encore un moment, puis nous prîmes le bus, parlant de choses et d’autres, business, meufs et autres conneries… Nous sommes arrivés chez le paternel. Personne à la maison. Au bistrot, comme d’hab. On s’est installé tranquillement dans le salon, et on s’est pris un petit apéro tout en continuant de déblatérer sur des sujets sans importance, les dernières défonces, les dernières embrouilles, mes résultats de partiels…Ne voulant pas trop traîner, je lui demandais s’il pouvait me lâcher genre deux grammes d’herbe, que je puisse me rouler un cône avant de passer chez ma mère, histoire de me sentir bien. Il me servit, je lui donnais sa tune et me mis tout de suite à l’atelier roulage. Pendant que nous fumions chacun notre pétard on se reprit un ou deux verres puis partîmes vers la maison dans laquelle vivait ma mère, où j’avais vécu quasiment dix-huit années de ma vie. La route entre les deux maisons était courte. Après le divorce entre mes parents, le paternel n’avait pas eu meilleure idée que de s’installer à deux rues de là. Le temps était pourri, bien du Nord, grosses bourrasques de vent de fin février, accompagnées d’une bonne pluie à te tremper les os, de quoi te faire un bon carnaval en fait.


Après avoir lutter tant bien que mal face aux éléments sur les huit cents mètres nous séparant de notre destination, on arriva chez ma daronne. Comme d’hab, elle s’occupait à préparer la bouffe, et le beaup devait être en train de squatter devant la télé. Je retirais mon manteau et, machinalement, après avoir dis bonjour, me posait sur la table du salon et sortais tout l’attirail de ma poche pour m’en préparer un petit. Sauf que là, l’espace de quelques secondes, je ne savais plus trop ce que j’étais en train de faire. Je ne captais plus trop. Le joint fumé avant le départ me montait grave à la tête. Trop concentré à avancer contre le vent et la pluie dans le froid, l’herbe ne m’avait pas tapé sur le système. Mais là, le choc thermique entre l’extérieur et l’intérieur me fit l’effet d’une bombe. Le temps de m’en rendre compte, je jetais un regard à mon ami lui faisant comprendre que j’avais capté le truc.

« Espèce d’enfoiré, lui lançais-je tout en esquissant un sourire complice.

«Je te l’avais dit, de la spéciale. Elle est bonne.»

Il ne devait pas être loin de vingt et une heures, vendredi soir. Programme traditionnel, les potes allaient arriver à la case avec quelques bières ou d’autres boissons plus fortes. On allait boire ça ici, tranquille en s’en fumant un ou deux petits tout en se racontant la semaine passée, les cours, leurs histoires de couple, les nouvelles de ceux que l’un d’entre nous aura eut la chance de croiser, d’autres banalités et conneries qui occupaient nos têtes de jeunes branleurs de vingt ans. Puis soit la caisse et direction Calais et la place d’Armes, histoire de baller un verre dans un de ces bars super tendance qui vous rendent plus sourd que dix années de branlette; ou bien on partirait chez quelqu’un squatter la soirée. Deuxième solution. Petite teuf chez un vieux pote de bahut. Une boucherie comme bien souvent. De la viande saoule, mais une ambiance sympa. Je me la suis bien mise, à finir dans un fauteuil de sa piaule, à écouter l’album de poèmes de Morrison, fumant une pipe, une teille à la main, plongé dans je ne sais plus quel débat avec deux amis. Retour très tard. Gueule de bois, petit week-end comatage. Pas grand chose d’intéressant.


Puis dimanche. On reprend le train pour rentrer à la chambre lilloise. Tout le monde se retrouve et se raconte les aventures des deux derniers jours passés, le sac bourré de provisions gentiment achetées par les parents. De mon côté, quasiment tout provenait des restos du cœur ou des aides communales. Je taxais quand même le frigo du vieux, fallait bien qu’il en ait pour sa part, d’accord ou non, et il me devait bien ça. Le trajet était quand même sympa, et dans le wagon fumeur c’était l’aquarium. Puis tout le monde se séparait, rentrait chez soi pour une bonne nuit avant le retour aux cours. Pour moi c’était autre chose. A peine posé, je devais appeler mon fournisseur pour qu’il vienne me livrer. Dimanche soir était un soir de grande influence. Tout le monde venait faire le plein pour passer les premiers jours et revenait dans le milieu de semaine afin de s’armer pour le week-end. Routine hebdomadaire, train train à la con. Mais comme dirait l’autre, faut bien vivre.


Autre semaine à la con, plus passée à fumer, boire, à squatter avec les potes qu’à assister aux cours. Faut dire que l’environnement s'y prêtait. On était tous les uns les autres dans n’importe quel domaine un peu chamboulés, et les premières années de fac ressemblaient plus à des vacances intellectualisées, la fac de Lille 3 n’étant à cette époque nullement portée sur une tendance à faire régner un certain ordre. De réputation et dans les faits même, cette université était le plus grand coffee shop de France, un grand squat, où n’importe quel taré pouvait se transformer en gourou pour les jeunes âmes fraîchement débarquées. Il y avait un lieu de rendez-vous culte pour tous les fumeurs, squatteurs, glandeurs, les gauchistes… C’était ce qu’on appelait l’Aéroport. Un espace bien grand, genre trois ou quatre salles de classes où l’on trouvait quelques distributeurs de friandises, de café et autres boissons à la con. Parties d’échecs, belotes et re, discussions sur l’avenir du monde, études du dernier courant historiographique à la mode…


Puis à nouveau vendredi, train de dix huit heures trente, aquarium, les histoires de la semaine entre étudiants informés et conscients du monde et de l’actualité qui se croient supérieurs au peuple des campagnes du 62 côtier, préparatifs de la virée du week-end en Belgique ou du squat qui s’annonce, des révisions qui se préparent pour ceux qui osent les préparer… Bus. Retour chez le daron. Personne. Au bistrot comme d’hab. Apéro seul. Deux ou trois pastis, un ou deux buzz, puis on se met en route pour la case de la mère. Traditionnel. Tiens, Steeve est passé en fin d’après midi, mais vu que je n’étais pas là, il a prévu de repasser dans la soirée ou le lendemain s’il se trouvait un truc à faire. OK, ça marche, on fait comme ça, en même temps y’a pas trop le choix. Et rien d’exceptionnel pour un vendredi soir. Rien à faire, personne à voir. Du coup je reste là, à fumer quelques joints et à boire quelques coups, à taper bavette avec ma mère sur les derniers événements de la semaine, les non-développements de ma vie sentimentale, de ce qui se passe à la maison, de l’espoir qu’il peut exister de sortir des galères d’argent, de tout et surtout de rien. Samedi à la con, repas avec le paternel, pas trop long, on a rien à se dire, alors l’alcool le couche et suis trop raide pour me pioncer, blocage jeux vidéos, puis fin d’après midi, on va au bar tabac avec trois potes et on enchaîne les tournées de bière jusqu’à être bien bourrés, mais le magasin ferme bientôt alors faut faire le plein pour la soirée, même s’il ne se passe rien, au moins on aura quelque chose pour tuer le temps et avoir de quoi se dire pour se fendre la gueule. Et comme dirait l’autre «rions un peu en attendant la mort». Et en fait on a bien fait. Rien à l’horizon, pas de plan, pas de soirée de prévue. Les couples en mesure de se voir font faux bond, les poivrots célibataires en manque d’amour, de sexe, d’humanité se retrouvent ensemble pour cracher leur haine, leur lassitude... enfin pour ceux qui ont le vocabulaire et le besoin d’échanger là-dessus, encore fallait-il que qui que ce soit soit capable d’écouter et d’argumenter sur ce genre de sujet. Mais malheureusement c’était loin d’être le cas de tout le monde. Encore un samedi soir sur la terre version occidentale, alcool et fume, réflexions débiles de mecs débilitants et incultes même pas conscients de leur chance de ne pas crever de faim, de froid, d’idées, quoique dans leur mode de vie ils ont plus prétention à buter d’une bastos l’idée qu’à lui donner vie…Bref de la merde, de la perte de temps version ados en fin de transition qui n’ont pas fini de faire dans leurs couches et croient avoir l’avenir devant eux alors que tout est déjà tracé. Bonne bande de bouffons. Bonne cuite, bonne défonce. Et dodo.


Putain de dimanche à la con. Me suis réveillé vers dix heures avec une drôle de sensation, dans le genre tu sais qu’il s’est passé quelque chose. Non, je n’avais pas trop bu la veille, et suis pas du genre à dégobiller le matin. Quelqu’un sonne à la porte. Etonnant à cette heure. Ce n’est pas anodin. Je reconnais la voix du voisin. Peut-être est-il venu taxer des outils au paternel ou raconter une histoire de la centrale. Vas savoir. N’empêche que je me sens pas terrible, je sais que quelque chose a eu lieu. Je traîne, comme pour attendre que la sensation soit passée mais rien n’y fait. Je descends peu de temps après, marre d’attendre que ça passe, un petit café-clope devrait remettre tout ça en place. Arrivé au rez-de-chaussée je découvre la tête du vieux qui n’a pas l’air dans son assiette, et qui me demande de m’asseoir, il doit m’annoncer quelque chose. Alors je me sers un bol, m’en roule un petit et suis prêt à écouter. Mon pote a été retrouvé dans un fossé près d’un hameau du bled, il avait passé l’arme à gauche. Pas étonnant j’me dis, un tox ne peut que finir dans une situation de ce genre, dans un fossé, dans un caniveau, dans un squat, la seringue dans le bras, ou planté de quelques coups de lame… Pathétique comme fin, comme cette vie en elle-même. Elle ne le défonçait pas assez, et là il avait eu la grande claque, de quoi l’enrober dans du sapin. Besoin de détails. Suis pas surpris ni par le décès ni par le fait qu’il fut retrouvé dans un fossé. Tiens, le corps était couvert de coups, d’hématomes. Pas étonnant que quelqu’un aurait pu lui faire la peau, on ne sait jamais, des vieilles dettes qui traînent, un plan carotte, embrouille à la con avec des gars… Vas savoir, ça va vite. Le coup de l’homicide me semble gros. Trop. Y’avait un truc pas logique dans cette affaire, mais ça paraissait plausible. De toute façon la nouvelle avait du faire son chemin dans le village et pour me tenir au courant des différentes versions plus ou moins héroïques, car les morts sont toujours dressés sur l’autel de la gloire, je me rendais au bar-tabac pour écouter les ragots qui tournaient sur cette histoire. J’ai vu de vieux amis en commun, de sa génération, choqués mais pas surpris non plus, des darons qui crachaient sur sa pomme. Tout style de scénarios circulaient et je les avais déjà imaginé, mais les conversations se portaient principalement sur une histoire de règlement de comptes et sur le fait que le con n’avait pas arrêté ses conneries et laissé un orphelin qui avait à peine deux ans.


Pas le temps de respirer, les charognards de la presse des faits divers étaient en train d’en faire leur bout de gras, fabulant sur pas mal de choses, sa famille, ses amis, alimentant par la même occasion les discussions des ménagères délaissées dans leur cuisine avec leur bouteille de blanc cachée sous le lavabo. Et les gendarmes enquêtaient de leur côté, l’autopsie aiderait à mieux comprendre les événements. Premier constat, la mort n’était pas due à une overdose mais à une noyade. Louche. Les watergans n’étaient pas profonds dans le coin, à moins d’être complètement déchiré à quelque chose. Justement il y avait beaucoup d’héroïne dans son sang. Admettons, il était fracas, il tombe dans le fossé, perd conscience, et se la met à coup de flotte coupée aux pesticides et arriva ce qui devait arriver. Mais un point restait obscur. Comment avait-il fait, surtout s’il était perché à la came, pour finir dans ce trou à cinq bornes de chez lui? Merci les condés de faire votre boulot, dans ce domaine ils sont utiles ces cons. Reprise de son emploi du temps. Après être passé chez moi du vendredi après-midi, il avait traîné les rues à la recherche d’un truc à faire pour s’occuper et il est tombé sur son plus vieux pote avec qui il avait sombré dans la came, mis à part que lui s’était donné les moyens de s’en sortir même si ça n’avait pas eu les effets escomptés. L’autre avait du matos à cramer, et vu que mon pote était toujours motivé à se la mettre, il le suivit à son appart et là, alcool, fume et héro. La soirée était lancée, les deux vieux potes de la came partis sur les chemins de la défonce, tout ce qui traîne est bon à prendre du moment que tu déconnectes quelques temps. Aucune idée de ce qu’il s’est passé, je n’ai pas pris la peine de feuilleter les torchons de la presse locale ou des magasines spécialisés dans la nécrophilie mais voilà grosso modo le déroulement de la soirée.


Pour sûr, ils en ont profité, limite ils en ont eu pour leurs comptes. Ca a du être une soirée entre arrachés classique, on ingurgite tout ce qui traîne en parlant de conneries, genre la qualité du produit, sa provenance, les dernières défonces, les dernières têtes tombées… Rien de bien intéressant somme toute, mais ça occupe. Alors ils ont bu, fumé, tapé et coma pour les deux. Le premier à reprendre ses esprits fut son pote qui devait être bien allumé à la vue de la suite.

Quand il repris conscience il vît que mon ami était allongé, gisant sur le sol, inerte. Certainement qu’il lui a foutu des baffes dans la tronche pour qu’il revienne à lui, qu’il a gueulé, mais Steeve n’avait aucune réaction. Là, c’est le moment de flip total pour un camé de base. De la drogue à l’appart, un hypothétique macchabée qui bouffe le lino, la réflexion se met en place: ça sent la merde ce plan.


Le bonhomme ne cherche pas à comprendre, ne pratique aucune vérification, genre prise du pouls, la main devant le nez ou la bouche pour voir s’il respire encore. La seule chose qui est activée c’est l’instinct de survie égoïste qui l’anime et qui tient en une seule idée: éviter la taule. Et pour cela, il faut se débarrasser du cadavre. Il le prit par les jambes et le traîna dans les escaliers; tu m’étonnes, le vieux devait bien peser dans les cents kilos au moins. Après avoir galèré pour le descendre, il mit le corps dans sa voiture et pris la direction d'un des nombreux hameaux du village, un peu éloigné du centre, il devait penser que personne ne pourrait le retrouver, ou que les éléments ne porteraient pas l’attention sur lui. Il l’a jeté dans le fossé et a rejoint son studio tranquillement. Mais le corps serait retrouvé d’une manière ou d’une autre, et dès le lendemain c’était le cas. Deux ados, qui longeaient la route l’ont découvert et appelé les gendarmes qui ne pouvaient que constater le décès et ouvraient dès lors une enquête. Du règlement de comptes à l’overdose en passant par je ne sais plus quels clips tellement il y en eut; faut dire que les gens histoire de s’occuper et de ne pas regarder en face la médiocrité de leur propre existence ont passé beaucoup de temps à laisser tourner leur imagination.


Et au final, personne n’avait tort, personne n’avait raison. Cause du décès: noyade. C’est quand même puissant comme façon de finir, mais également pathétique, et avec tout autant de classe que la mort du camé de base dans un squat. Ouais, là c’est la version rurale. Au final, son pote a été retrouvé quelques jours plus tard, a tout craché, a du faire deux ou trois années de zonzon pour non-assistance à personne en danger, un truc dans le genre, je n’ai pas tout suivi en fait. La taule, plus la mort de son plus vieux pote ont, d’après ce que j’ai entendu, détruit le bonhomme, mais bon, vu l’état dans lequel il s’était déjà foutu, ça n’était que la logique des événements qui devait être telle quelle. Et, à la limite, il aurait p’têtre mieux fait de clamser aussi ce con, mais bon.


Alors, le samedi d’après, jour de mise en bière. Me suis dit que j’allais y aller seul, histoire de pas être emmerdé à devoir écouter les uns les autres ressasser leurs vieux souvenirs teintés d’une certaine mélancolie un peu heureuse quand même. Les cuites, les défonces, les embrouilles, les situations à la con que tous auront vécu en sa compagnie. Rien que de bons vieux moments passés. Pas de rappel de sales histoires, de vieux dossiers…. C’est marrant cette habitude pour l’humain de mettre sur une sorte d’autel de la gloire posthume ceux qui ont décidé de se faire la belle. J’avais plein de souvenirs dans la tête qui me remontaient alors que je me rendais sur la place du bled avant de rentrer dans l’église. Et y’en avait du monde sur la place, toutes les vieilles têtes qui l’avaient fréquenté depuis la maternelle jusqu’à sa mort, et le peu de membres de la famille qu’il avait. Bordel, j’avais presque la gerbe en arrivant là, à voir parmi ces gens les pseudo vieux amis qui l'avaient aidé à se défoncer, à s'enfoncer, mais qui n'avaient pas été là pour lui sortir la tête de l'eau. C'est comme ça et c'est tout. Hypocrites jusque devant la mort. Idem pour ma gueule.  
        Comme le cureton avec ses discours à la con. Ca me démangeais de lui en mettre une. On est tous passé devant le cercueil, j'ai gardé ma monnaie pour pouvoir me payer une bière plutôt que de la lâcher au MC. Le cortège s'est mis en branle, ça chialait pas mal de part et d'autre. Me suis mis un peu en retrait au cimetière, j'observais en fumant ma roulée, pris aussi par l'émotion. Ils ont l'ont mis dans un caveau temporaire, et on a salué la famille.


        Rentré chez moi, j'ai sorti une teille de sky, et j'ai trinqué à sa connerie en le saluant bien bas pour son dernier numéro.


        Quasiment un an plus tard, je me suis dit que j'allais passer le saluer; je le faisais de temps en temps depuis le premier étage de chez ma mère, la vue était imprenable sur le cimetière.  
        Me suis arrêté sur quelques tombes de gens que j'avais connu, sans pour autant trouver la sienne. Puis je me suis tourné vers la parcelle réservée aux indigents, aux gens morts dans une certaine misère économique et sociale. E t c'est là que je l'ai trouvé, sous une croix en bois, plantée dans la terre, avec quelques fleurs en train d'y passer aussi.  
   

Ouais. Ca résumait pas mal les choses. J'trouvais que ça collait au tableau. Une vie de merde, une fin dans un fossé et les indigents pour derniers compagnons.

Suis allé au bar-tabac du bled pour m'épancher sur la question pour ma gueule. Ouep, seul dans la vie, seul devant la mort, juste un cortège pour chanter quelques pseudos louanges pour l'hypocrisie et hop, c'est parti pour la dernière danse. Que de la merde en fait.

Par Dany
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Dimanche 6 juillet 2008

Il m'aurait fallu penser à prendre plus tôt l'air
Plutôt que de rester à m'asphyxier dans tes courants d'air
Mais avec les volutes de fumée de mes drôles de cigarettes
Je ne voyais pas venir la chute, ça tournait bien dans ma p'tite tête
C'était le confort absolu d'un huis-clos nocturne
Une maraude statique de deux êtres en manque de présence
Un oubli ludique à se permettre de se prendre à l'accoutumance
De nos corps nus serrés, de nos humeurs taciturnes


C'était une histoire sans promesse, disponible en libre accès
C'était quand on avait envie de caresses ou besoin de s'abandonner
Dans des moments furtifs à l'échelle globale du temps
Dans des instants fugitifs cachés du regard des passants
On ne voulait pas de spectateurs, on se savait ailleurs
Dans une dimension parallèle loin de leur compréhension
Où on s'faisait la belle sans bien faire attention
Au jour où viendrait l'heure de reprendre contact avec l'extérieur


Ça manquait de lumière mais cette ambiance tamisée
Ça nous faisait une atmosphère, ça nous permettait de rêver
A des choses face auxquelles la réalité ne peut que sourire
Même si elles étaient belles ce n'était qu'une façon de fuir
Puis ça nous permettait de ne pas nous regarder en face
De ne pas voir ces petites lueurs qui brillaient dans nos prunelles
Qui trahissaient nos peurs de croire en nos ritournelles
De pouvoir s'aimer sans que cela ne laisse de trace

 

 

J'me dis que j'aurais du détourner mon regard
De tes yeux, de tes formes dont j'étais pourtant si avare
Pour mater par la fenêtre, jeter un coup d'œil à la rue
Voir ce que font de leur «peut-être» tous ces inconnus
Qui marchent et avancent sur les trottoirs des villes
Attendent leur tour, leur rendez-vous au milieu de nulle part
Au grand jour ou sous écrou ou au bout d'un comptoir
A jouer de la chance, de l'espoir et d'envies futiles


Tu m'diras c'est pas de ta faute c'est moi qui t'ai invité à entrer
J'ai pris le temps d'ouvrir les portes et j'me suis laissé aller
Au jeu de la séduction des êtres paumés qui s'égarent
A danser sur des chansons pour se donner envie de boire
Vu qu'j'avais le gosier sec et personne à qui tenir le crachoir
Et qu'toi c'était un peu pareil t'avais besoin de causer
Alors autour de quelques bouteilles on a décidé de se poser
Sans salamalecs mais avec la politesse du désespoir

 

Maintenant que t'es partie, que tu as quitté cette pièce
J'reste seul avec mon whisky à essayer de retrouver l'ivresse
Buvant dans ton verre, mes lèvres sur les traces de ton rouge
Avec un arrière goût amer qui s'efface quand plus rien ne bouge
Dans mon sommeil éthylique toujours là pour me border
Stoppant mes rêves, mes doutes, ces images qui tournent en rond
Sans aucune trêve sur ma route de poète à la con
Ça t'est pathétique je sais mais ça m'aide à pioncer


Alors me revoilà devenu un pseudo poète sans muse
A la masse, à la rue, avec la bouteille qui l'amuse
Faut bien tuer le temps, en avoir pour son argent
Laisser béton les sentiments, s'remettre dans la marche en avant
J'vais pas baiser pour cette histoire avec Maitresse Mélancolie
Elle est passée pour d'autres avant alors j'vais pas en faire un drame
J'vais juste garder le bon temps, j'vais pas en verser des larmes
J'vais aller voir cette fille sur le trottoir, elle chassera mon ennui



Dany, 2 juin 2008

Par Dany
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Samedi 7 février 2009

UN WEEK END COMME UN AUTRE












C'était comme d'hab, le retour hebdomadaire à la case du paternel après la semaine de fac. C'était un vendredi de juin, il faisait beau, j'étais en partiels et cela ne s'annonçait pas mal étant donné que j'avais relativement assuré mes contrôles continus. Il ne me restait que quelques épreuves à l'écrit et l'année serait enterrée.

Ce soir de retour, rien de spécial à faire. Mon pote Gui m'appelle et propose de se pointer. Il arrive une dizaine de minutes plus tard.

Quand je suis rentré le vieux n'était pas là. Comme d'hab, au bistrot avec le truc qui lui servait de gonzesse et qui allait devenir sa femme. Il n'y avait que mon frérot qui était présent, avec deux de ses copains, que j'avais vu grandir, et cela me faisait triper de les connaître encore alors qu'ils avaient quinze ans et qu'ils se mettaient à faire les même conneries que moi à leur âge, p'têtre même avec un peu d'avance.

Nous nous sommes joints à eux, à boire des bières, et nous fumions. On se marrait bien. Je les impressionnais en leur parlant de ma vie d'étudiant, des soirées qu'il y avait, les gens que l'on rencontrait, les cours en amphi, les défonces avec les potes... En fait tous les joyeux travers de ceux qui ont du mal à se maitriser au contact des vices qui pouvaient se présenter. Il n'y avait que de ça dont je pouvais leur parler. L'Histoire, tout ce qui pouvait avoir attrait à la culture générale ou à quoi que ce soit du genre, ne les intéressait nullement. Ils n'iraient pas à la fac, ils n'en n'avaient pas les moyens et pas l'envie.

Ça a duré un temps comme ça, et avec mon pote on a décidé de se faire notre petite promenade nocturne hebdomadaire dans le bled en continuant à fumer et à discuter sur nos passés, présents et hypothétiques avenirs.

Même si j'étais à la fac, je n'apprenais rien. Je me spécialisais dans une matière et allais droit pour l'enseignement, et si j'avais de l'ambition, j'irais peut-être enseigner à la fac. Cependant, je restais conscient, ce ne serait pas tâche aisée vu mon mode de vie, puis, étais-je bien certain de vouloir enseigner? Mais concrètement, pour la vie de tous les jours, je n'apprenais rien. Mon job chez les vieux n'était en rien avilissant mais aucunement enrichissant, si ce n'est dans l'appréhension de la vie et du temps qui passe. Et pour mon pote c'était la même. Il avait quitter la fac et la région pour se planter en deux ans avec une femme et il était de retour, en formation dans l'industrie, pour finir ouvrier au pire. Ce qui n'était guère glorieux pour deux types qui se demandaient bien ce qui les avait poussé là et conscients du jugement des anciens potes. Ouais. La course à la réussite sociale et à la reconnaissance locale. Quand tu n'y es pas, c'est toi qui alimente la rubrique «Vieux potes qui ont foiré et qui ont changé». On en était là. Limite rubrique nécrologique. Mais au moins ce n'était pas la rue.

Merde, la question qui se posait était de savoir qui de nous ou d'eux avaient raison. Car eux voulaient se persuader d'avoir raison. Sur la valeur du travail, sur le fait d'avoir un bel appart ou une belle maison, de faire des gosses, d'être casés, de bien cotiser pour une retraite bien méritée, insouciants face à l'hypothétique soudaineté de leur mort certaine...Ça leur plaisait bien, ça devait les rassurer. Moi, aussi pauvre mais pas misérable que j'étais, je pouvais m'enorgueillir d'être déjà moins dans la merde qu'auparavant, quand je vivais encore chez la darone. Pour le reste, pour l'avenir, aucune envie de m'en soucier. Le quotidien est un chat d'un autre calibre à fouetter.


C'était agréable ces ballades nocturnes dans la ville. A partir de vingt-deux heurs, quasiment aucune circulation, les jeunes étaient regroupés en groupes, en fonction des affinités, des âges, dans quelques lieux bien ciblés. Les gendarmes faisaient leurs rondes mais ils n'étaient pas encore paranos, ils ne s'arrêtaient pas systématiquement pour contrôler les papiers, puis nos dégaines nous permettaient d'être relativement tranquilles face à ce risque. Le calme de la nuit, le souffle du vent du littoral, ces nuages qui défilaient en nous laissant entrevoir les étoiles, les lumières de Calais au loin, comme celles de l'autoroute.... Parfois, on prenait la caisse et faisait les quelques bornes qui nous séparaient de la plage et allions méditer dans les mêmes conditions en regardant la mer. Rien de telle que la mer pour discuter.


Mais ce soir-là, nous sommes restés dans le bled. Partis de chez le daron, nous sommes remontés jusqu'à mon ancien quartier, rond-point Beethoven, puis avons traversé le quartier de la rue du Hasard, remonté jusqu'à la rue des Anciens d'AFN, rejoins le quartier des Petits Moulins, pour revenir sur la Nationale et regagner notre point de départ. En tout une heure de promenade. A la maison, toujours pas de paternel, toujours bloqué dans un rade sans doute, le frangin avec ses potes toujours dans la piaule. On retourne squatter avec eux, je bois quelques verres, en roule d'autres, le temps passe et on se marre.


Puis vers minuit, voilà que le vieux rentre avec sa grognasse et une autre gonzesse, genre vingt-cinq trente piges, pas super mignonne mais baisable. Connaissant le bonhomme, j'vois venir le plan qu'il va tenter de se faire les deux. Mais à voir l'état des deux vieux, il n'y avait pas grand risque. Trop d'alcool tue l'alcool.

Ça met la musique de merde à fond sur la vieille chaine pourrie du genre Dance à deux francs que te rabâchent les radios et les pubs à longueur de temps et qui te font dandiner du cul tous les abrutis écervelés de notre époque. Avec mon pote et mon frère on se fend la gueule d'un tel spectacle, c'est pitoyable de voir des gens dans un tel état, lamentables, à trois, à vivre un trip désolant et pathétique pour tenter d'oublier leur condition, bien que je n'ai jamais pensé qu'ils aient jamais été réellement conscients de cela. Ou alors ils n'avaient plus aucun respect pour eux-même.

Nous, on reste au premier, dans la piaule, à en rire mais aussi à déblatérer sur l'échec de la vie du daron. Ce con avait divorcé au bout de treize années pour une gamine de dix huit balais qui l'a largué le jour de la Saint Valentin, il avait planté ses quatre mômes, laissé couler ma mère dans l'alcool, s'était toujours maqué avec des paumés alcooliques et atteintes... Et à chaque main que j'avais pu lui tendre pour discuter, il se prenait pour un dur et tenter de jouer le rôle qu'il n'avait jamais tenu. Comme si ce bouffon allait me dire ce que j'avais à faire. Moi aussi je m'enfonçais, mais je savais pourquoi, et je n'attendais rien de la vie. Quand t'as trop bouffé de merde, tu n'as plus le goût des choses. On avait le même problème lui et moi, la mort. La différence était dans son appréhension. Lui ne pouvait l'affronter de peur de prendre vraiment conscience de son échec et du désert qu'était sa vie; moi, j'avais déjà choisi le désert pour vivre, restait à savoir si ce serait le froid ou la soif qui s'occuperait de régler mon cas.


Tableau déplorable que cette scène qui se jouait au rez de chaussée. Après un peu plus d'une heure, mon pote et moi avions envie de voir ce qui se passait de près, histoire d'halluciner un peu sur la médiocrité de leur moment. Alors on a pris l'escalier, et à travers les vitres des portes du salon nous avons pu constater les dégâts. La vioque était en train d'essayer d'organiser ses mouvements en ce que de coutume on appellerait une danse. Mais à chacun de ses gestes, elle flanchait sur ses jambes et elle n'était pas loin de chuter. Or, elle se redressait toujours en titubant et faisait voler ses bras tentant de se caler sur le rythme. Derrière elle se tenait sa copine qui tendait ses bras vers l'avant pour essayer de la retenir en cas de chute. Nous nous sommes regardés les yeux écarquillés avec mon pote. Là, ça tenait de la quatrième dimension!!


Nous avons avancé et franchis la porte. La musique était très forte. Je jetais un coup d'œil dans la pièce ainsi qu'à la cuisine mais je ne trouvais le vieux. En me retournant je constatais qu'il était avachi sur son lit, trop éméché pour continuer à suivre les débats. La vieille s'est excitée de notre présence et à continuer de plus belle sa chorégraphie impudique. Elle hurlait des paroles incompréhensibles imitant la musique. Quelques instants je me suis demandé ce que je foutais là, à cette heure, dans cette maison, avec ces gens. N'était-ce point une mauvaise scène d'un mauvais film qui venait se glisser dans mon histoire. D'ailleurs était-ce bien mon histoire? Étais-je vraiment présent? Merde, tout cela était bien vrai. Juste un nouvel épisode d'une existence pas banale.

Là, on touchait un degré élevé de ce que la bassesse du sens de nos vies peut nous pousser à faire. Je n'éprouvais aucune pitié, aucun sentiment qui pouvait me donner envie d'essayer de discuter avec eux pour leur expliquer qu'il n'était peut-être pas trop tard, qu'il était encore possible pour eux de ne pas gâcher leurs dernières années dans un ersatz d'existence. Chacun son trip après tout. A chacun sa manière de se donner en spectacle jusqu'à ce que le rideau se baisse.

 

Avec Gui, nous allons dans la cuisine pour nous servir à boire. La vieille nous suit et se pose dans l'encadrement de la porte, nous fixe et commence à jacqueter.

« Ouais les garçons, c'est la fête!! dit-elle tanguant comme un chalutier, faut s'amuser!! »

Elle avait du mal à tenir droit malgré ses efforts. Elle tendit une main vers moi et caressa les cheveux brièvement le temps que je me recule un peu. Elle me fixait et repris:

« Tu sais qu't'es beau Dany!! T'es plus beau encore que ton père, j'adore tes cheveux!! » Un filet de bave coulait de ses lèvres en même temps qu'elle causait. « Viens près de moi, j'vais t'montrer...

« Qu'est-ce que tu veux me montrer? » Je n'aimais pas le regard de son œil non collé à sa paroi nasale. A vrai dire je ne m'attendais pas à ce que j'allais entendre par la suite.

« J'vais t'montrer comment on baise!! elle montait la voix. J'vais t'montrer comment qu'on BAISE, j'vais t'BAISER comme on t'a jamais BAISE, j'vais t'sucer comme on t'a jamais sucé... »

Merde, j'avais du mal à croire ce que je venais d'entendre mais à voir la gueule de mon pote je n'avais pas halluciné. Assez froidement je lui répondis:

« Tu vois ma grande, j'vais t'expliquer pourquoi jamais, tu m'entends, jamais je ne tremperai ma queue dans ta sale chatte. Primo, t'es quand même la meuf du vieux alors j'voudrais pas abuser. Secondo, t'as vu ta gueule. T'es trop moche, tu pourrais même pas me foutre la gaule, même les yeux bandés pour adoucir le massacre visuel, et sous LSD ta tronche me ferait partir en bad trip. Tercio, j'ai bien envie de baiser quelqu'un ce soir mais ce n'est pas toi, c'est ta copine, lui mettrais bien un coup de bite ou deux pour le fun. ».

A peine le temps d'achever de prononcer ces phrases qu'elle se retourne en furie contre sa copine.

« T'ES UNE SALE PUTE!!!. C'est moi qui vais me le faire ce soir, t'as compris, t'as pas intérêt de le toucher, c'est le mien!!!! »

« MAIS T'AS ¨PAS COMPRIS CONNASSE!!!! Y'a pas moyen que tu me touches, que j'te foute mon chibre entre tes cuisses ».


Gagné par la nervosité je la poussais contre la porte et allais me servir un ricard dans le salon, baissais la musique et fermais la porte de la chambre du daron. Il allait falloir ruser pour avoir la paix. Elle aurait été capable de me suivre jusque dans ma piaule, ou d'attendre que je sois endormi pour me sauter dessus. Alors tant pis.

Je lui fis signe de s'asseoir autour de la table et lui ai proposé un verre, puis un autre et ainsi de suite. C'était une vraie alcoolique, je n'en voyais pas le bout. Mais le piège fonctionnait. A force de rester statique sur la chaise, petit à petit elle se ramassait sur elle-même, avait de plus en plus de mal à empêcher sa tête de bouger seule. Puis je l'embrouillais à lui parler et sa concentration faiblissait à vue d'œil. Elle ne comprenait rien à ce que je lui racontais mais de temps à autre elle tentait de s'exprimer mais c'était de simples sons incohérents qui sortaient de sa bouche. Finalement après un affrontement long de plusieurs verres, elle finit par s'effondrer. J'étais bien arrangé aussi. Avec sa copine nous l'avons foutu dans le plumard. Le danger était écarté, j'allais pouvoir apprécier quelques heures de sommeil bien méritées après toutes ces émotions. Mon pote était parti depuis bien longtemps. Je proposais à la copine mon lit, mais elle préféra le canapé. Dommage. Ça ne m'aurait pas fait de mal.


Le lendemain, réveil vers midi, gueule de bois carabinée, retour sur les évènements de la veille. Putain, quel carnage quand même. Je me décidais à ne rien dire au vieux. Il devait être au courant que sa femme devait écarter les cuisses facilement lorsqu'elle était sous alcool. D'ailleurs ça devait être pour ça qu'elle arrivait à rester avec et inversement. Alcoolisés H24. Puis sans doute qu'elle ne devait se souvenir de rien vu la cuite qu'elle s'est ramassée... Et c'est ce qu'il me semble, vu son comportement, elle ne devait avoir aucune trace dans sa mémoire des évènements.


Je passe sur les évènements du samedi. Les vingt balais du frère d'un vieux pote. Grosse soirée arrosée avec gros partage en couille et les pompiers qui arrivent à cinq heures du mat'. Rentré à sept heures avec les yeux bien rouges...


Dimanche, réveil encore difficile. J'me dis qu'il va falloir calmer un peu, ça devient trop régulier les virées qui te mettent dans le gaz. J'me monte un kawa, et me pose tranquille à regarder la télé, histoire de décuver dans le calme. De toute façon, c'est l'heure de la sieste en bas.

 

Puis on sonne à la porte. On insiste. Plusieurs fois en quelques secondes. Alors je saute dans mon futal pour aller ouvrir, car si c'est un de mes amis ou un de ceux de mon frère, on aurait le droit à une bonne gueulante, et vu mon état c'est pas le moment.

C'est une gonzesse, pas loin de la trentaine, accompagnée d'une petite fille d'à peine cinq ans. Elle entre sans prêter attention à moi, crie après les vieux et pénètre dans le salon. J'me dis qu'elle connait bien la case, puis ce n'est pas à moi qu'elle vient casser les couilles. Je remonte, m'en roule un p'tit et me plonge dans un bouquin.

L'appétit me creuse alors je descends pour grignoter un truc. Ils sont autour de la table, le ricard est sorti, et ils n'en sont pas à la première tournée. La gonzesse, Stéphanie, m'invite à me joindre à eux mais je refuse, le foie a encore du mal. Je m'excuse et retourne m'isoler. J'ai trop vu de poivrots pour le week end.


Mais à nouveau je dois descendre. Ils ont changé de place, ils sont dans le jardin autour d'une table de camping. Je vais voir ce que ça donne, et tombe dans le panneau. Je m'installe à table et me fait servir. La belle mère a déjà le filet de bave qui pend au bord de ses lèvres et le vieux a les yeux qui brillent. Stéphanie commence à craquer son sac. Elle s'est mariée y'a cinq ans avec son amour de jeunesse. Z'ont eu deux mioches. Trois et un ans. La petite avec elle est sa nièce. Vie de couple foireuse, chômage, alcool, envie de tout plaquer mais y'a les gosses, un peu de violence et tout le tralala... Typique du coin. Elle m'avoue qu'elle s'est plantée en bagnole quelques jours avant. Mais les verres défilent. Alors j'essaie de la rassurer, mais quelque part je suis déjà convaincu, je sais que c'est déjà foutu pour elle.

Elle me bassine pour que je les accompagne dans un bar du Petit Fort Philippe. Même les vieux insistent, ils veulent me montrer leur « repère ». Me laisse convaincre. Quand j'étais marmot il aimait bien me trainer avec lui dans les bistrots pour se faire reluire. Et déjà gamin je le trouvais ridicule. Faut juste que je sois rentré à temps pour que Gui me prenne pour rentrer à Lille.


Une bonne douche et c'était parti. Sur la route, ils me disent que je vais rentrer seul dans le café et commander un demi sur le compte de la pétasse. J'apprends que c'est le surnom de la vieille là-bas. Tiens. Etonnant.

On se gare et je vais vers le bar. J'entre et je vois tous les regards se tourner vers moi. Les autochtones n'étaient que quelques vieux habitués de cinquante berges, des pêcheurs ou des ouvriers qui avaient le cœur à l'ouvrage. Il y avait deux femmes plutôt pas mal dans la trentaine aussi. Je ne comprenais pas leur présence dans ce lieu. La taulière était une grosse bonne femme à la trogne pas très courtoise, à l'âge bien avancé. Une vrai femme de marin.

Je fais c'qu'on m'a dit, et la patronne, après avoir joué l'ignorante et après avoir vu que j'avais les moyens de me payer ma bière, me sers en me faisant comprendre qu'elle savait de qui je parlais. Pas besoin de demander ce qu'elle en pense vu son regard. Quelques instants plus tard, l'équipe entre, et le vieux ne peut s'empêcher de vanter notre parenté et les vannes contre lui se mettent à voler, et j'en profite pour rajouter ma couche. Quelques bières après, on se met en route vers le domicile de Stéphanie, un pack avec nous.

Quand on arrive, je vois que son plus vieux est avec son cousin, à peine plus âgé que lui, et que le petit a passé l'après midi dans son berceau. Un chien leur tenait compagnie. Ouais, la meuf a perdu tout contact avec la réalité, ou alors elle avait vraiment confiance dans les petits. On me faisait aussi le coup quand j'étais gosse, et je gardais les frangins et la frangine. Il paraissait que j'étais un gamin conscient et intelligent, donc qu'il n'y avait pas de souci à se faire. Mais là, en les voyant...


On se pose autour de la table du salon et distribution des bières. Le vieux et moi nous faisons face, idem pour les femmes. On s'allume des clopes, on picole, ça discute. Suis un peu raide et j'me dis qu'il ne faut pas que je tarde trop. J'appelle mon pote et on se met d'accord pour le départ. Je le tiendrai au courant de l'évolution des évènements.

On en tient tous les quatre une bonne, et je sens que le ton monte entre les gonzesses. La vioque enchaine la jeune sur la façon de se tenir quand on est au travail. Les deux bossaient ensemble dans une maison de retraite en tant que femmes de ménage, et il y avait peu de temps de cela, Steph avait passé sa matinée de taf à gerber et à pioncer dans un coin pour se remettre de sa cuite de la veille. Et ça n'avait pas l'air de plaire à l'autre qui s'était coltiné tout le boulot toute seule. Ah!! La solidarité féminine!! Le ton monte. Le vieux reste silencieux dans son coin, il ne s'en mêle pas. De mon côté aussi c'est le silence radio mais je commence à monter doucement en moi. Plus je l'entends causer plus j'ai envie de lui en claquer une bonne dans sa face, la « Marie Trintigner » si on veut, mais sans aller aussi loin que notre cher Bernard.

Merde, c'est vrai. Pour qui elle se prend pour donner des leçons? Est-ce qu'elle s'est regardée dans un miroir? Bordel, elle ne se souvient vraiment plus de ce qu'elle m'a fait l'avant veille, ou alors c'est du foutage de gueule. L'autre voit bien à ma tête qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond pour moi mais il me fait signe de ne pas m'en mêler. Mais c'est pareil pour lui pour qui se prend-il?

Je laisse la conversation dégénérer lentement mais je commence à n'en plus pouvoir, à ne plus tenir. J'ai vraiment envie de lui claquer le bec, qu'elle se la ferme, qu'elle arrête de broncher. Surtout qu'elle insiste vulgairement sur la connerie de sa copine. Alors je laisse venir, c'est présent, et ça éclate...

« TU VAS LA FERMER TA SALE GUEULE DE CONNASSE DE MERDE ». Le cri du cœur était sorti. Ça me soulageait. Les gens étaient stupéfaits, immobiles, figés l'espace de quelques instants. Mais de suite, les éclats de voix se mirent à fuser.

« Mais pour qui tu te prends? Tu la fermes et tu ne te mêles pas de ce qui ne te regarde pas, t'as compris? » me dit le vieux. La vieille enchaina hurlant que personne ne pouvait se permettre de lui parler ainsi. Tout le monde s'y mettait, c'était l'anarchie. Ça gueulait de partout. La colère en moi mélangée à l'alcool me donnait des forces. Le moment que j'avais tant attendu depuis tant d'années était enfin arrivé. J'allais pouvoir le descendre avec mes mots, choisis avec soin depuis tant de temps. Je savais que j'allais frapper là où ça faisait mal, violemment, que j'allais le détruire. Alors j'ai haussé ma voix plus forte que les leurs pour imposer mon écoute...

« Le vieux, c'est toi qui va la fermer. T'es p'tetre pas au courant, mais toi et moi avons le même sang, et c'est le même qui coule dans les veines de mon petit frère. Et tant qu'il vivra chez toi j'me sentirai concerné par la merde des évènements pathétiques qui s'y déroulent. Alors, tu vois tu fais ce que tu veux de ta vie. J'te dirais même que j'en n'ai rien à foutre de ta gueule. Tu n'es qu'une bite qui a craché plusieurs fois dans la chatte d'une gonzesse paumée et qui a engendré des rejetons qui n'ont rien demandé et qui se retrouvent à être mal, perdus, sans croyances... Tu vois le truc que tu fourres régulièrement a voulu que je la lui mette bien profond vendredi soir. J'aurai pu la démonter sur la table du salon pendant que tu cuvais comme un ivrogne. Et t'aurais rien griller. J'comprends que t'aies pas envie de crever tout seul, c'est de ta génération ce genre de principe. Puis au moins quand tu passeras l'arme à gauche t'auras quand même des têtes présentes pour t'enterrer, faute d'avoir ta famille autour de toi ce jour-là. Surtout que tes vrais potes sont partis...Merde, depuis ma naissance ta présence me réduit à néant. T'as jamais rien fait pour nous et tu nous as presque affamés, t'as détruit la darone. Alors que tu n'aies plus aucun respect pour toi ce n'est pas mon problème, crèves comme tu veux, avec qui tu veux et comptes sur moi pour venir avec mon frangin pisser sur ta tombe le jour de ta mise en bière...

« Putain , Dany, tu vas me parler autrement, je suis ton père, tu n'as pas le droit de me parler comme ça sinon tu vas t'en prendre une dans ta gueule dont tu vas te souvenir toute ta vie!!!!!

« Va te faire foutre connard, t'es quoi? Un père? Mon cul ouais. T'es comme un type qui aurait fait un don de sperme, un anonyme qui a engendré par insémination artificielle tellement tu devais être raide chaque fois que t'as engrossé ma mère. Tu ne te souviens même pas des dates de naissance de tes soi-disant gosses. Alors t'es rien pour moi, même pas un pote, même pas une connaissance. L'homme invisible, une vieille ombre de passage à l'occaz. Comme Dieu, un concept de merde pour personne en crise d'identité. Et manque de bol pour toi suis un putain de mécréant de première catégorie, un fils de pute qui n'attend rien, surtout de ta part.... »

J'ai continuer comme ça un long moment à reprendre un à un les faits marquants de vingt trois piges de ce qu'on a l'habitude d'appeler la vie et qui portaient l'empreinte de la désolation qu'il avait semé chez ce qu'il appelait ces gosses.

Je tremblais de partout, mais j'étais hargneux, avec de la force dans la voix. Je le voyais se décomposer sous le poids de mes phrases et je prenais mon pied. Merde, je faisais du Freud, je tuais le vieux, et je prenais mon pied. Cet enculé en prenait en dix minutes autant que moi-même j'en avais pris pendant toutes ces années. Ça tournait en moi, je commençais à me sentir mal, la violence de cette éjaculation de haine enfermée dans le silence pendant tant d'années me prenait toute mon énergie. Je prenais soin de lui ressortir tous les épisodes considérés comme des coups de poignard, et les lui envoyaient direct dans le cœur. J'ai vu dans son regard qu'il se rendait compte qu'enfin il était assis sur le banc des accusés et qu'il prenait conscience, horrifié, de tout ce qu'il n'avait pas fait pour nous, de tout ce qu'il avait fait pour lui et qui l'avait amener dans cette impasse dans laquelle la mort est moins pitoyable que la vie. Mais je savais que cela ne durerait pas. Trop fier qu'il était pour se regarder en face, pour affronter l'échec qu'il était.


Ça gueulait sérieux entre nous, et les femmes se la fermaient, les gosses s'étaient réfugiés dans leur chambre. Le vieux n'en pouvait plus d'entendre ce que je lui claquais à la gueule. Il savait que j'avais raison. Lui aussi tremblait.

« Arrête Dany, j'vais t'en coller une!!

« Vas y le vieux, j't'en prie, frappe le premier, j'attends que ça, que tu me cognes histoire qu'une goutte de sang tombe de ma bouche et qu'après je t'éclate la gueule jusqu'à te défigurer à vie. J'te préviens, frappe le premier car après t'en auras plus l'occasion!!!

« Arrêtes j'te dis, arrêtes!!!!!!!! »


Là intervint un troisième acteur. Le mec de Steph était à la fenêtre frappant sur la vitre comme un bourrin. Elle ne voulait pas le laisser rentrer. Un deuxième mélodrame se mettait en branle. Ça gueulait entre eux comme ça gueulait entre le vieux et moi. Puis il réussit à ouvrir la fenêtre alors qu'elle l'avait entrouverte pour l'envoyer chier. Steph vola contre le mur; lui, enjamba l'encadrement, et se mit aussi à hurler.

« Qu'est ce qu'il se passe ici bordel? Espèce de connasse qu'est ce que t'as à pas vouloir me laisser entrer? Et c'est qui ces deux connards là? Qu'est ce que vous foutez chez moi?

Je me retournais vers lui « Qu'est ce que t'as toi, tu veux aussi en prendre dans ta face, tu veux que je te remette les idées en place. Là suis en train de régler mes comptes avec ce type alors ou tu nous laisses finir notre petite causerie ou j'm'occupe de ton cas de suite, t'as le choix. J'suis pas là pour me marrer et j'ai suffisamment les nerfs pour t'exploser et le vieux ensuite. Donc tu la fermes, tu nous laisses finir, après on se casse et tu feras ce que tu veux de ta grognasse. J'm'en tape. Tu la tartes, tu lui fais ce que tu veux mais d'abord tu me laisses finir avec l'autre. »


On en était à un seuil critique. Le silence s'était imposé. Juste des respirations haletantes à cause de la nervosité. Est-ce que ça allait éclater? Y allait-il avoir des coups?


J'crois que ça aurait fait du bien à tout le monde. J'avais besoin de me faire défoncer la gueule et j'avais besoin aussi de frapper. Fort. Sans limite. Après quelques instants, les larmes me montèrent aux yeux. Je n'en pouvais plus. Je n'avais plus aucun contrôle sur mes membres, j'avais la tremblote du mouton. Juste un coup et ma paralysie aurait cessé et je serais parti dans la pire des rages. J'aurais tout détruit, tout brisé. Mais au fond, lui comme moi on avait besoin de se cacher, chacun dans un coin, seuls, au milieu de nul part, au milieu de personne. Alors il a parlé. On va monter dans la caisse et prendre la direction de la baraque, j'allais préparer mes affaires et définitivement franchir le seuil de cette maison qui finalement n'aura jamais su me persuader que j'étais censé être chez moi, et non chez un type quelconque, qui ne méritait même pas la moindre attention.


Nous sommes partis. Je ne sais ce qu'il s'est passé chez la gonzesse, mais nous y avons laissé l'autre vioque sur place, valait mieux pour son grade, pour tout le monde. Je n'ai su dire un mot de la route, puis en somme, était-ce bien nécessaire? Surtout que j'étais totalement paralysé par les nerfs. Les larmes coulaient à grosses gouttes, mais je n'étais pas triste. J'avais déjà imaginé ce genre de scénario, je savais à quoi m'attendre. Je n'étais pas déçu ni surpris. Juste blasé. J'avais craqué mon sac, c'était déjà ça. La prochaine conversation serait nettement moins houleuse. Ce serait sans doute lors d'une mise en bière. Après, à savoir si ce sera la mienne ou la sienne, on verra bien...

Arrivés chez lui, j'étais toujours incapable de produire le moindre son. Je convulsionnais limite, je ne pouvais réellement me contrôler. Je griffonnais sur un morceau de papier quelques mots pour que mon frère appelle mon pote et vienne me chercher de suite. Mon frère avait peur, il ne comprenait rien à ce qu'il se passait. J'ai juste su balbutier quelques mots noyés entre mes pleurs et lui fit comprendre que je lui expliquerais plus tard. Gui arriva très vite et eut la même réaction que mon frangin. Il ne me posa pas de question, m'aida à préparer mes affaires, les chargea dans le coffre. Je dis au revoir à mon petit frère et nous nous mettons en route.

Il m'a fallu une demi heure et un gros joint comme il le fallait pour retrouver le langage et lui expliquer les évènements.


Mouais, c'est typique Nord-Pas-de-Calais ce genre de topo. Le seul hic, c'est d'être conscient réellement de ce qui se joue, d'en être sensible et d'en être un acteur, ou une victime. Ça occupe la mort, c'est un genre de test d'endurance pour voir jusqu'à quel point tu es capable d'encaisser les coups et de redresser la tête pour regarder cet horizon certain qui pointe au loin sans agressivité, sans rature, et qui pourrait te proposer un repos plutôt confortable. Mais faut le mériter ce confort, et il n'est pas gratuit. En tout cas, pas pour tout le monde. Moi le premier.

Par Dany
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