Les fêtes de fin d'année approchaient à grand-pas. Les rues de Lille étaient habillées à coups de guirlandes électriques, de panneaux lumineux vous souhaitant «Bon noël» ou «Meilleurs voeux pour 2005». La grande roue tournait sur la Grand Place, le marché de Noël avec toutes ces petites cabanes en bois pour un côté exotique Grand Nord se tenait sur Rihours, et toutes les boutiques étaient illuminées au maximum pour appâter le badaud et le touriste en manque de cadeaux pour la mif et les amis. Y'a pas dire, c'est mignon tout plein mais quand on sait comment tout ce business marche, ça met un peu les nerfs. Quoique heureusement qu'il y a ces fêtes de fin d'année, ça permet aux gens au moins pendant quelques jours de se sentir plein d'amour et d'espoir pour le monde (bien que dans un lieu exposé aux tsunamis je n'en suis pas sûr).
Mais moi, cette période de l'année ne me met jamais dans des états d'euphorie très puissants. Déjà, en tant que non-croyant, la fête à Jésus et consort me branle le mou; et la course aux cadeaux est loin d'être ma spécialité, j'ai jamais eu le larfeuille équipé. Puis les réunions de famille, j'ai arrêté à la quinzaine d'années, fatigué et las des embrouilles entre adultes complètement atomisés à l'alcool. Ça ressemblait pas mal à des réunions de pauvres jouant la solidarité mais qui tournaient quasiment toujours au pathétique. La plupart du temps c'était une de mes tantes qui volait dans des magasins, des fringues, des petits jouets, car on était trop nombreux en gosses et personne n'avait les moyens d'offrir une bricole à chacun des enfants. Comme ça, les parents pouvaient se concentrer sur leur progéniture et tout le monde y trouvait son compte. Franchement pas de quoi se plaindre en fait, y'a tellement de gens qui n'ont rien, de personne. Mais quand on est gosse, on est pollué par l'envie qui naît à force de mater chez ses camarades. J'avais vite compris qu'il ne fallait pas que j'espère avoir ce que beaucoup de mes amis pouvaient avoir. J'étais pas dans la bonne case, mais au fond je m'en foutais. Ce qui m'emmerdait par dessus tout, c'était le fait que jamais une de ces soirées en famille ne se passait correctement, tranquillement, sans effusion de colère, de rancune, de mots plus hauts que les autres. C'est cliché, mais quelque part ça comptait pour moi.
Alors Noël, en général, à partir de mes quinze ans, je les passais seul. Il m'est bien arrivé de le fêter chez mon meilleur pote de l'époque, ou chez mes copines mais cela ne me mettait jamais à l'aise. Seul c'était parfait.Pas de cadeau à offrir si ce n'est à soi-même; pas de problème pour le menu, la boisson. Reste juste à trouver un truc à faire. Et ça, ce n'est jamais évident.
Et Noël 2004 n'allait pas déroger à la règle. C'était dans les deux semaines, et quasiment toutes les personnes que je connaissais le passait, soit en famille, soit en couple. Moi j'étais parti pour le taper en tête-à-tête avec une bouteille de whisky, ce qui était déjà pas mal comme compagnie.
Un soir, je rends visite à mon bon vieux pote Karlito, l'homme à contacter en cas de galère. Les fêtes de fin d'années, c'est comme la période des départs en grandes vacances, faut prévoir ce dont on aura besoin si on ne veut pas se retrouver à la dèche le grand soir. Alors j'allais voir si ça allait se bousculer au portillon, s'il fallait pas que je prévois de faire un stock. Les nouvelles sont calmes, rien ne s'est passé de spécifique ces derniers temps, la routine. Ouais va y avoir de la bousculade ces prochains jours. Bon, bah il va falloir que je m'organise. Petite discussion sur tout et rien, blocage jeux vidéos, absorption neuronale totale, ça fume.
«Au fait vieux, Noël en famille?» je lui demande.
«Non, ça me gave de le passer avec les parents. Classique, repas à vingt heures, vingt deux heures on est devant la télé et une heure après ils pioncent. Quitte à m'emmerder, autant que je m'emmerde seul. Et toi? Quoi de prévu?»
«Rien de spécial. Suis un peu blasé des réunions familliales sous l'égide de la charité chrétienne. Alors pour le moment je fais le plein de weed, après j'me choisirai une bonne teille de whisky et on verra ce qu'il se passe.»
«Bon, et si j'ai un plan ça te dit de me suivre?»
«Pourquoi pas? Faut voir. Vides ton sac.»
«En fait au boulot, tous les ans on a cadeau de fin d'année, et en fonction de ton ancienneté et du travail que tu fournis, le cadeau est plus ou moins intéressant. Et l'année dernière, j'ai eu droit à une nuit dans un quatre étoiles dans la capitale européenne de mon choix, tu m'suis?»
«Jusque là tout va bien» acquiesçais-je. Je voyais parfaitement où il voulait en venir.
«Donc, j'me dis qu'au lieu de se les glander comme deux couillons ici, à Lille, on pourrait se faire un réveillon de Noël à Amsterdam! Qu'est-ce t'en penses?»
Y'avait rien à dire. Ça me bottait grave d'aller fêter le réveillon là-bas. Il pouvait compter sur moi, j'étais son homme.
Suis reparti de chez lui des images plein la tête. D'abord fallait penser logistique. On a juste à gérer les tickets de train et à repérer sur une carte de la ville où se situe l'hôtel. Fallait prévoir l'heure à laquelle il fallait partir de Lille pour ne pas arriver trop tard en fonction du programme qu'on allait se faire.Y'a des bons musées à Dam, on pourrait aller au musée Van Gogh, ou la Maison d'Anne Frank. Pour sûr, en tant que bons défoncés que nous sommes on irait au musée du cannabis. Bonnes idées, à retenir. On en reparlera de toute façon.
Quelques jours plus tard, les billets de train sont dans nos poches, mais vu que nous nous y sommes mal pris, on y est allé de notre argent. Quelques paquets de chips, de biscuits, un peu de boisson pour le voyage, trois heures en passant par Bruxelles. Pour le programme sur place, c'est décidé, ce sera improvisation totale. Aucune idée de savoir si les musées seront ouverts un vingt quatre décembre, et même aucune idée de ce qu'il y aura d'ouvert. Faut espérer qu'on trouvera autre chose que notre piaule d'hôtel.
Le grand jour. A sept heures du mat' on est à la gare, prêts pour la virée de l'année. Tu vas voir le Noël qu'on va se payer. J'ai deux cents euros de liquide sur moi que j'ai réussi à récupérer du taf, j'en étais à plus de cent heures sup non payées. J'aurai du les toucher en février mais j'étais parvenu à m'en faire payer une partie. Et ce pécule allait alimenter mes frasques de la nuit du vingt quatre. Alors qu'est-ce que j'allais pouvoir m'offrir? La tournée des coffees à se payer la meilleure beue ou le meilleur shit. Logique. Bon, et après? Les musées? En fait j'y compte pas trop, ce ne sera pas la tasse de thé de mon pote. Un peu de cocaïne? Pourquoi pas? Mais là, faudra pas compter sur moi pour aller la chercher, suis trop méfiant et j'ai pas envie de me faire carotte ma tune. Et dans la ville du péché charnel et de la débauche de drogues, je commence à songer que je me ferait bien une tite pute. Pour le fun. Jamais pratiqué. Faut dire qu'au Peuple Belge entre les travelos et quelques toxs maquées à la came, rien ne me bottait. Menun, Anvers, je n'y avais les pieds que pour pécho. Mais le Quartier Rouge de Dam, je m'en souvenais bien. Trois ans auparavant, j'y avais accompagné un pote et son frangin. Se dernier voulait taper un peu de CC et se baiser une pute avant que sa femme importée du Vénézuela n'arrive en France. Ça me plaisait pas mal de voir toutes ces filles en vitrine, en soutif-string, en infirmière, en petite étudiante cochonne à lunette...ça me donnait l'impression d'être dans un casting d'un porno où j'étais l'acteur principal qui avait le choix de sa partenaire, et que le film m'appartenait, donc que je choississais tout. Mais encore, quand j'y étais allé, toujours se problème de porte-monnaie qui ne suit pas et aussi un peu de dégoût vis-à-vis de moi-même à me dire que j'en étais à désirer le cul d'une pute parce qu'au moins là je paierai pour ce que je voudrai, sans avoir à m'emmerder avec tous les gestes de la bienséance et de la séduction. Vu que je ne savais pas trop ce que je voulais des femmes à part m'envoyer en l'air avec elles, là au moins, pas d'ambiguïté et de perte de temps, p'tetre même qu'il y aurait des économies de faites. Faut savoir être réaliste.
Y'avait un autre truc qui m'avait débecté lors de ce premier voyage. C'était de voir tout ce flot de mâles en rut, de toutes les nationalités, alcoolisés, défoncés à la fume, à la coc, au L.S.D... tous en train de mater comme des chiens ces femmes en vitrine, à se dire qu'elles ne sont que des putes payées à sucer leurs queues, qu'elles n'ont jamais jouis avec un client mais que eux allaient battre tous ces bouffons de la bite qui leur étaient déjà passer dessus. Je voyais bien leurs regards dégradants, limite plein d'animosité, la frustration de ces mecs qui, soit n'avaient pas les moyens de se serrer une femme à la régulière, soit qu'ils voulaient se vanter devant les potes “yo les mecs, moi j'l'ai fait!!” et se croire alors homme totalement. Vas savoir. Moi je trouvais ça étrange. J'pigeais le délire mais je n'arrivais pas à m'y faire. Mais voilà que dans le train j'en reviens à l'idée du déroulement de la soirée. On verra bien. On est arrivé à Dam vers onze heures, et on s'est acheté de suite un pass journée pour les transports. A ce qu'on avait vu sur la carte avant de partir, l'hôtel était à moins d'une dizaine d'arrêts de tram de la gare. Mais sur ces putains de cartes à touristes on n'arrivait pas à le repérer. On avait trouvé le secteur dans lequel il devait se situer. Du coup, on grimpe dans le premier tram et on commence à compter les arrêts. Et manque de pot, on se plante et on descend à mi-chemin. Ne trouvant pas l'hôtel, on se décide à une première pause coffeeshop, merde, on est à Dam, c'est le réveillon de Noël!! Alors on se pose, on se commande un chocolat chaud à la weed et de la Jack. La claque que tu te prends vaut ton argent!! Rien à voir avec ce qu'il traine dans le Nord. Et on reste là une petite heure à bloquer et déblatérer sur tout et rien. Puis on se remet en route, à pied, persuadés que notre squat ne doit pas être très loin. Mais nous avons du marcher presque une heure encore avant d'y arriver.
L'hôtel était un grand bâtiment contemporain, genre construit dans les années 1980, ou au début des années 90. Grande chaine. Normal pour un quatre étoiles. Il était installé le long d'un canal, avec une rue large qui passait devant l'entrée. Il avait un aspect très sobre, même sombre dans le gris de la rue et du ciel. Mais c'était du quatre étoiles, la classe, le luxe pour un étudiant boursier et son pote chef-cuistot. Ca allait le faire, deux galériens de la tune dans le domaine d'hommes d'affaires, de bourgeois à la con... deux putains de tâches dans ce monde. Mais vous inquiètez pas les gars, on ne fait que passer. Demain quand vous ouvrirez vos cadeaux, vous aurez oublié. On aura disparu de vos existences.
Pas mal l'accueil, c'est vrai que c'est la classe. Une grande salle de réception, avec derrière le bureau deux jolies demoiselles chargées de recevoir les clients. Y'a bien deux ou trois encostardés qui ont traversé le hall en nous dévisageant d'un regard un peu éffaré de voir deux jeunes Français oser venir se poser dans cet endroit. Belle moquette, salon spacieux composé de petits fauteuils en cuir, bar apparemment super fourni en bouteillles de grands noms. Mais ça ce n'est pas compris dans le lot. On a droit à une nuit, les services à côtés sont à taxer de notre poche. En même temps valait mieux, j'aurai été capable de tenter de baragouiner en anglais au barman tout mon mal être en lui tenant le gosier toute la nuit. Tant mieux pour lui, dommage pour moi.
La gonzesse s'occupant de nous nous offre une chambre à deux lit double. Je sais très bien qu'elle a du se dire que ces deux-là n'allaient pas rentrer seuls et qu'ils auraient besoin d'espace. Pourquoi pas? Mais cela n'était pas dans mes projets, j'en n'avais pas les moyens. Un pingoin nous a amené à l'ascenseur, et nous a ouvert notre piaule au quatrième. M'attendais à plus grand quand même. Mais c'était pas mal. Genre trente mètres carrés, deux lits de deux personnes, une télé cinquante-cinq centimètres avec quelques chaines cablées hollandaises et anglaises, décor très sobre, rien de superflu mais on sent cette touche moderne. Salle de bain avec petite baignoire, clean , petite lumière diffuse agréable. Ouais, bien pour deux galériens. Mais merde, c'est Noël.
On débale les affaires en en fumant deux autres, histoire de célébrer notre arrivée. Pis coup d'oeil à l'heure, déjà seize heures. On a trainé jusque là, il allait falloir mettre le turbo pour pouvoir espérer ce rendre dans le centre et voir ce que l'on allait pouvoir faire. Alors on se met en route, en prenant soin de demander où se trouve l'arrêt de tram le plus proche. Quand on y est, il y a pas mal de gens se trimballant les cadeaux du soir, revêtus de bonnets du père noël, qui s'en vont retrouver leurs familles, leurs amis, leur proches, passer un bon repas, un bon moment, un instant de fraternité compulsive avec l'humanité chrétienne au moins, un alzheimer d'une nuit dans leur rejet de tout ce qui les emmerdent...aahh, si cela pouvait m'arriver j'me disais, au moins une fois dans l'année je n'aurai pas la gerbe à tenter de comprendre cette humanité à temps partiel.
A trop chercher à capter le délire, j'en oubliais le mien. Aujourd'hui, c'est mon jour, mon Noël que je m'offre, et même si j'ai une sale tendance à me réfréner à chaque pulsion, à chaque désir, à me dire “de toute façon, qu'est-ce que ça va m'apporter?”, aujourd'hui, on s'en tape, advienne que pourra, et si je suis mort demain, c'est que je serai parvenu à quelque chose. Je me plonge dans mes pensées tout en regardant défiler les rues qui s'offrent à mes yeux. C'est vrai que cela doit pas être mal de vivre dans le secteur. Tous ces gens à vélos, ces maisons qui restent humbles face au ciel et ne cherchent pas à lui faire de l'ombre, ces canaux...il m'a l'air de faire bon vivre ici.
Ca y est, presque dix-sept heures et nous voilà à quelques rues du quartier rouge. En fait on ne se pose aucune question, nous nous y dirigeons naturellement. Que nous soyons ici où chez nous, cette soirée serait la même; on allait se la mettre pour oublier notre profonde solitude et incompréhension à l'idée de savoir pourquoi, pendant que tous ces gens se rassemblent, nous on en reste à l'écart, comme des SDF, des chiens, des incompris. P'tetre bien que c'est nous qui sommes à la ramasse. Et on déambule dans les rues, à triper sur les enseignes des coffees, smartshop, des peepshows, des sexshops... On s'arrête dans un coffeeshop dédié aux Doors. Y'avait une paire d'années qu'un de mes oncles m'en avait parlé. Déco début seventies, musique d'époque, ça me plaisait bien. Mais on y est resté le temps de fumer deux buzzs et de boire un verre. De là on repris nos pérégrinations le long des canaux aux reflets fluorescents des néons qui illuminaient les façades des endroits où la gente masculine pouvait se donner à sa guerre préférée gagnée d'avance à coups de biftons. Au moins ceux-là pourront se vanter d'avoir remporter une bataille dans leur vie.
Ces couleurs, cette ambiance à la fois malsaine, pesante, et ses hommes se branlant l'égo mutuellement, ses femmes en vitrines qui les tenaient, qui nous tenaient... tout cela me mettait mal à l'aise avec moi-même. Le poète, le mec qui veut écrire des histoires d'amour impossible, qui écrit des poèmes à ces femmes que la vie a perdu et qu'il veut sauver du désarroi de la connerie masculine...qui se retrouve avec tous ces pratiquants de l'amour instantané à pas trop cher en conformité avec leurs pulsions physiques...merde ça colle pas. Y'a un blème. Non en fait. Soyons cyniques, mais réalistes. Suis pareil qu'eux. J'aime les femmes mais je ne sais comment leur plaire, les aimer, suis timide mais sincère dans ce que j'éprouve et alors que ce courant qui me traverse le corps, possède mon esprit, me tient en haleine, ma parole se dissout et c'est alors que le papier sert de refuge à ma frustration, à mon incapacité. De fait, le fataliste prend le dessus et regarde d'un oeil objectif, réaliste, trop même, et se résoud à cette idée de marchandisation et de standardisation individualiste de l'assemblage entre êtres humains pour tout ce qui est partage des gosses, du cancer, de la compassion, des dettes...Faut juste trouver en fait. Mais moi, ça m'emmerde. Je préfère rester seul plutôt que de noyer quelqu'un dans mes incertitudes, mes doutes, ma mort.
Mais comme c'est l'époque du temps partiel, à l'occasion, on a besoin de réconfort, et c'est pour cela que certains boivent, que d'autres se droguent à autre chose, alcool, médocs, télé, psys, jeux...et parfois ce temps partiel se transforme en CDI. Et là, c'est la merde. Dites bonjour aux autres qui vous dévisagent comme si vous n'étiez plus des leurs. Salut à vous les détraqués, les oubliés, les survivants anonymes...
Et où je suis dans tout ça? Aucune véritable idée sur le moment, mais suis à Dam, et vais me la mettre. On atterit dans un smart où l'on se croirait autant dans une pharmacie que dans un musée. Tous les produits sont rangés dans des étales en verre, fermés à double tour, propres. Et il y a de tout. Des pilules aphrodisiaques, des pilules pour l'érection, pour être en forme, pour lutter contre le stress. Puis bien sûr, des collections de cactus hallucinogènes censés te transporter dans des états mystiques, de la salvia, des champis. Mon pote s'en prend deux parts, des hawaiens. La proprio nous prévient qu'ils sont forts. Mon pote lui répond de ne pas s'inquièter, qu'il allait gérer. On sort, et on se retrouve sans vraiment s'en rendre compte en plein coeur du quartier rouge et que sont alignées sur une bonne distance des dizaines de vitrines des deux côtés de la rue, et même dans les rues perpendiculaires. Impressionnant ce choix de femmes. De l'asiatique, de l'africaine, des femmes plus typées Europe de l'Est. Des filles juste en string, d'autres déguisées pour le fantasme, d'autres légèrement vétues sans entrer dans la vulgarité, des blondes, des brunes, de la presque anorexique à la presque obèse...quel supermarché!! Le bonheur me diront certains. Et mon regard se porte de l'une à l'autre tout en observant les différentes scènes se jouant devant mes yeux. Les gars en train de négocier le tarot de la passe, ceux qui voulaient savoir s'il y avait moyen de s'y mettre à plusieurs, ce qu'il y avait moyen de faire. Les nénettes qui se dandinent pour apater, celles indifférentes qui tapent bavette avec leurs collègues de cabines et qui semblent se moquer de ce défilé de mecs en manque de cul, car elles savent que c'est elles qui ont le pouvoir sur ces gus, et que lorque qu'elles estimeront que la journée a bien ramené elles rentreront chez elles vaquer à leurs occupations, et qu'il y aura toujours autant de mecs qui arpenteront ces trottoirs, avec ou sans elles pour les aguicher.
Ca fait deux bonnes heures que l'on tourne dans le quartier à se fendre la gueule, à mater. On a la dalle et on finit par se poser pour manger un hamburger. On se trouve un coffeeshop, on fume puis on ressort. On doit tourner en rond car je reconnais des filles que l'on a vu précédemment. Je commence à me laisser aller, à me dire pourquoi pas celle-ci, ou celle-là. Aucun but précis dans ce domaine. Me dis juste que, puisque je suis ici, autant en profiter. Y'en a quelques unes qui m'abordent, “Hello boy!!” et moi “Salut” et de suite avec un accent “Oh, tu es Français, j'adore les Français!!”, et moi de répondre “T'as raison!”. Ouais elles allaient pas me la faire, je sais quel est leur taf et c'est pour ça que je paierai. Pour me faire flatter le mou cinq minutes et me faire cracher sans que je n'ai rien à faire. Mais c'est moi qui choisirai. Puis y'en a une qui m'a tapé dans l'oeil. Elle devait avoir dans les trente ans, brune, les cheveux mi-longs, légèrement bouclés, les yeux bleus. C'est son regard qui m'a tué. Elle avait une façon de regarder dans les yeux avec, j'avais l'impression, une lueur de compréhension qui disait “On est tous des paumés, viens te perdre avec moi un peu, ce ne sera rien mais cela t'aidera”. C'était la troisième fois que nous passions devant elle et elle m'avait repéré. Elle avait deviné avant même que j'en prenne conscience qu'au fond de moi c'était elle que je voulais, être dans ses bras, juste un moment, sentir cette femme contre mon corps même si des dizaines avant moi avaient eu droit à ce privilège. Elle avait vu ça en moi, je m'en persuadais, comme pour me convaincre à franchir le pas. Après tout, une fille de joie n'était-elle pas censée m'apporter un quelconque réconfort, même tant bien que mal simulé? N'était-elle pas censée m'offrir un regard compassionné sur mon désespoir de n'être qu'un homme comme les autres, qui veut se la jouer poète romantique désespéré du véritable amour et dépossédé de ses illusions? Elle m'a abordé, et m'a parlé en français. “Viens avec moi”. “Suis pas sûr”. “Viens, tu verras, je vais bien m'occuper de toi”. La gêne montait en moi. Je n'arrivais plus à tenir son regard, alors en regardant autour de moi je lui dis que j'allais continuer mon tour et que je verrai bien. Elle sentait mon hésitation, peut-être même ma peur, car quelque part au fond de moi c'était la peur qui m'empêchait d'envisager de passer immédiatement dans la chambrée qui se cachait derrière la vitrine. Elle me laissa partir en me glissant “à toute à l'heure”.
Sur ce, j'avais besoin de me mettre les idées en place. On s'est trouvé un coffeeshop qui servait également de l'alcool. Après deux whisky et deux autres joints bien costauds, j'étais en pleine réflexion sur ce que je pouvais faire de mon argent. Mon pote avait ingurgité une part de champis, et moi je me demandais si j'allais acheter un peu de CC ou me faire une pute, ou les deux. Mais à cinquante euros la passe, fallait que je fasse attention à garder du liquide pour le retour car on ne savait jamais. Sur ce, je m'en roulais un pour le chemin qui me séparait de la femme qui allait me soulager pour la soirée.
Quand je suis sorti, mon pote montait doucement, c'était le premier Kill Bill à la télé. Et dans la rue, j'ai vu au loin un attroupement d'une vingtaine de personnes célébrant Noël en chantant. Ca me faisait triper de voir ça, c'est pas dans le Nord que je verrai une scène dans le genre, même à la sortie de l'église. Je restais à bloquer quelques instants puis ma pulsion du “c'est Noël et j'vous emmerde” m'a repris et je me dirigeais vers cette vitrine qui m'avait séduite. Mais comme à chaque fois que j'hésite, les circonstances me faisaient faux bond et j'me disais que même lorsque j'en arrivais à prendre une décision, c'était toujours au mauvais moment, et que ça foirait toujours. Le rideau était tiré. C'était de la faute à personne, mais merde, pourquoi à chaque fois que j'avais envie de quelque chose fallait que ça me glisse entre les doigts? Tant pis. Suis là pour ça, pour elle, alors vais allé me promener quelques minutes et quand je serai revenu elle sera de nouveau sur sa chaise à attendre une autre botte à cinquante euros. Alors je me mis à trainer dans les rues, à promener mon regard sur ces femmes qui ne m'attiraient plus car j'avais fait mon choix, et c'était plus par dépit que par curiosité que je les observais toutes.
Mais j'étais une proie facile pour toutes ces demoiselles qui vendaient leurs charmes. Quand l'appétit de l'homme est charnel, il est dépourvu de toute défense, de toute capacité de recul, et c'est alors qu'il se laisse prendre. Alors que je ne pensais à rien et que je n'avais plus l'impression d'être là à ce moment précis, j'entendis une voix féminine crier “Help me”, et je vis arriver, courant vers moi, une métisse, aux long cheveux bouclés teintés en blond d'une façon assez vulgaire. Juste en string, des seins généreux mais fermes. Elle m'empoigna par le bras et me demanda de l'aide. Sur ce, je lui demandais en anglais ce qu'elle voulait et à mon accent elle comprit que j'étais Français. Du tout au tout, son attitude changea. Elle caressa de sa main droite mes cheveux me disant qu'elle adorait les blonds aux longs cheveux, et que les Français étaient les clients qu'elle préférait. De la foutaise tout ça, mais sa façon de s'adresser à moi me faisait de l'effet et puis j'me disais que de toute manière j'étais là pour tirer un coup et que ce fut celle-ci ou une autre, c'était la même chose. Puis avec la chance que j'avais, à coup sûr celle que je voulais ne serait pas dispo quand je reviendrai devant sa piaule. Le temps que cette réflexion se fit en moi, la demoiselle avait déjà commencé à m'attirer vers la porte d'entrée de sa turne. Je me laissais faire, vaincu par mon envie de baiser, de claquer de la faf pour Noël, de me laisser aller.
C'était un couloir de trois mètres environ qui bifurquait vers la droite au fond. Il y avait trois petites chambres . Elle m'amena dans celle qui était sur la gauche. Cétait une pièce de quinze mètres carrés. Il y avait un lit de deux personnes, une petite table de chevet avec une lampe allumée dessus. C'était sommaire, quelques bougies ça et là. Je trouvais cela relativement sympa. Les murs étaient de couleur bleu foncé. Il y avait une radio qui tournait derrière, il me semble que c'était du reggae qui était diffusé. Elle alla vers la table de nuit et en sortit une capote et de la vaseline, puis elle prit d'une commode une serviette de bain bleue qu'elle étala sur le lit. Je me trouvais à l'autre bout de la pièce à me demander si je devais me dessaper ou si c'était elle qui allait le faire. Elle s'assit sur le lit et me fit signe d'approcher. Elle m'aida à me mettre nu puis commença à me masturber. Difficilement, l'érection monta, ce qui l'a fit sourire, sans doute avait-elle compris qu'elle avait à faire à un débutant en la matière. Quand je me mis à bander bien dur, elle habilla ma queue de sa protection de latex et se mit à l'essuyer avec un chiffon pour en retirer le lubrifiant. Une fois cela fait, elle se mit à me pomper d'une façon langoureuse, ce qui me surprit. Je ne pensais pas qu'elle y aurait mis du coeur, ce qui me mis plus à l'aise. Ca faisait un bail que je n'avais pas rencontré de gonzesse qui s'appliquait comme cela à la tâche. Au bout de quelques minutes, elle s'arrêta pour me demander ce que je voulais en ce jour de fête. Question à la con, j'étais là pour fourrer un coup et me tirer comme un voleur qui s'en veut d'être pénitent. Merde. Pris au dépourvu, je ne sus que lui retourner la question, et de là elle m'a répondu “Fuck me in the ass, please, for christmas”. Tiens pourquoi pas la lui mettre dans le cul pour Noël? Bonne idée, puis ça fait longtemps. “OK, i'm gonna fuck you in the ass!!”. YEAH!!
Elle versa un peu de lubrifiant sur mon sexe en prenant soin d'en répartir bien sur l'ensemble de la capote, puis elle s'en étala sur son anus. Elle se mit en levrette et je me plaçais derrière elle, prêt pour la cavalcade. Le père noël s'amuse avec ses rênes, moi ce sera avec une pute. Elle prit ma queue et la glissa dans son rectum. Je pénétrais lentement, je ne voulais pas lui faire mal. Je parvenais à la rentrer jusqu'à la garde, et me mis à faire un lent va-et-vient, histoire de profiter de l'instant. Elle bougeait aussi son petit cul en faisant de petits mouvements de rotations avec son bassin. Puis elle me demandait d'y aller plus fort, de lui donner de grands coups de bite, “make me christmas” qu'elle réclamait à tue-tête. Mais elle ne voulait pas de tout ça, c'était de passer avec un autre client qu'elle désirait, faire tourner la “boite” en quelque sorte. Mais moi j'en voulais pour mon argent, je lui caresser les seins en même temps, lui pinçant les tétons, promenant mes mains sur son ventre. Mais ce n'est pas la tendresse qu'elle attend gamin, ce qu'elle attend c'est que tu craches pour en enfiler un autre. C'est pas de sa faute, mais c'est comme ça l'amour pas cher. Alors, constatant que je trainais, elle se mit à amplifier ses coups de reins, à remonter son cul à chaque nouveau coup de mon chibre pour que je la pénètre au plus profond pour parvenir à me faire cracher. J'avais beau tenter de tempérer les débats, rien n'y faisait, c'était elle qui avait les commandes. Et comme pour mieux me le prouver, en serrant au max ma queue avec ses fesses, en plus de deux trois coups de bassin magiques, elle fit monter la sauce, et alors pour ne pas passer totalement à côté du plaisir, je m'agitais en appréciant tant bien que mal la libération de ma pression testiculaire.
Elle retira mon sexe de son corps, m'enleva le préservatif et me nettoya. Je ramassais mes fringues et me rhabillais. Quand je relevais la tête après avoir fait mes lacets, elle me regarda et me lança “Joyeux Noël”. Je le lui retournais, elle m'accompagna jusqu'à la porte de la chambre, m'embrassa sur la joue et m'indiqua la sortie.
Une fois dehors, je me mis en route pour retrouver mon pote. Je lui avais dit que j'en avais pour une demi heure max, et cela faisait bientôt une heure que j'étais parti. C'était vite fait quand même. Je regardais autour de moi, et il y avait foule dans le quartier. On était nombreux à vouloir se la mettre pour les fêtes. Mais pourquoi au fond? Parce qu'une telle masse de gens réunis dans cet endroit ce jour là, il doit bien y avoir une raison, surtout que nous sommes tous là sans être ensemble. Tous se regardent en se disant qu'ils savent pourquoi les autres sont là, et que chacun à sa manière a besoin de ce genre de places, qu'il y en a qui pensent qu'ils sont paumés, d'autres insatisfaits, certains à la recherche d'une sortie de secours d'eux-mêmes, ou de ce qu'ils sont devenus...Heureusement la plupart ne se pose pas la question. Moi, mon analyse était que j'étais un frustré de l'amour, heureux de s'être évité la même dépense en resto, cinoche, bar pour un résultat bien plus incertain. Ouais j'avais claqué de la tune pour un cul qui ne voulait de ma queue que pour ce fric. Mais je voulais un cul. Rien que ça. Et c'était chose simple ici. Si j'avais voulu de l'amour, je serais resté à ma case, à écrire à un amour défunt ou à un amour imaginaire histoire de calmer mon mal-être, et j'aurai appelé un vieux numéro utile dans de trop longs moments de solitude sexuelle qui en était au même stade que moi.
C'était pathétique et marrant. Mais c'était fait. Et en passant au-dessus de toutes les considérations qui m'avaient traversé l'esprit avant, pendant, et après l'acte, au moins je pouvais me vanter de l'avoir fait et qu'en plus ça m'a fait marrer au fond. Tout ce foin dans mon crâne pour que dalle, vraiment, abusé. Je l'avais autant dans le cul que cette meuf, avec consentement mutuel. Que demander de plus? Y'a des choses qui s'achètent totalement, et y'en a d'autres pour lesquelles tu paies sournoisement.
J'ai rejoins mon pote dans le coffeeshop où je l'avais laissé plus tôt. C'était bon, les champis faisaient leur effet, et il se marrait devant la fin du film. Me suis posé et lui ai fait part de mon exploit du jour, du cadeau que je m'étais offert non sans tergiversation. On en a rit, on en a fumé un autre et en avons préparer pour la route du retour car on allait devoir rentrer à pinces et qu'on en avait pour un sacré bout de temps.
Octobre 2007

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